La crise n’a pas entamé la générosité des belges

octobre 31st, 2014

Introduction

En 2010 l’Institut pour un Développement Durable publiait une note présentant des « Indicateurs de la générosité des belges ». La présente note a pour objet d’actualiser certains indicateurs financiers.

L’introduction de l’étude de 2010 garde toute sa pertinence : « On peut être généreux d’innombrables manières : faire un cadeau exceptionnel à ses enfants, transporter un voisin âgé à l’hôpital, faire un don suite à une catastrophe humanitaire, acheter du chocolat pour soutenir une association, payer pour des animations dans le cadre d’une fancy-fair, participer à une soirée de mécènes, mettre ses compétences à la disposition d’un comité de parents, assurer une permanence pour un Groupement d’Achat Solidaire, participer à l’animation d’un quartier ou d’une paroisse, visiter des malades, des personnes âgées ou des détenu(e)s, etc. On peut aussi l’être plus ou moins dans la manière d’exercer son métier. »

Dans ce contexte la présente note s’intéresse à deux indicateurs majeurs, mais non exhaustifs, de la générosité financière, à savoir les statistiques des libéralités fiscales et les statistiques collectées par des ASBL qui collationnent les dons aux principales ONG belges de coopération au développement.

On notera qu’en l’absence d’une étude récente sur l’affectation du temps des belges il n’est pas possible d’actualiser les données sur la générosité en « temps donné ». Dommage…

Les libéralités fiscales

« Depuis le 1er janvier 2011, les libéralités doivent atteindre au moins 40 euros pour être fiscalement déductibles. Seuls les dons faits à des organismes habilités à délivrer des attestations fiscales sont déductibles. L’augmentation du montant minimum (qui était précédemment de 30 €) résulte de l’indexation du montant de base.

Lorsque vous faites un don, il vous est possible, à certaines conditions, de le déduire de vos impôts sur le revenu. (…) votre don doit être d’au moins 40 euros par institution et par an. (…) Vous ne devez pas forcément verser 40 euros en une fois, les paiements peuvent être étalés sur l’ensemble de l’année civile. »

Chaque don rencontrant ces conditions donne droit à une réduction fiscale égale à 45%. Autrement dit si vous donnez 100€, le fisc vous en « rembourse » 45.

Les libéralités fiscales dans la durée

L’évolution des libéralités fiscales montre que

  • le maximum historique a été atteint en 2012 avec un total de 174 millions (aux prix de 2014)
  • les trois dernières années pour lesquelles on dispose de données sont des crus exceptionnels, en particulier pour 2010 et 2012, malgré la crise économique qui a débuté en 2008
  • même s’il est difficile d’isoler les différents facteurs explicatifs de ces évolutions on peut penser que, contrairement aux craintes exprimées à l’époque, le relèvement en 2011 de 30 à 40 € par an du minimum de libéralités pour bénéficier de l’avantage fiscal n’a pas eu d’effet négatif sur les dons
  • si la tendance générale est à l’augmentation, les libéralités fiscales connaissent d’importantes fluctuations à la hausse – liées à des événements exceptionnels comme le tsunami de fin 2004, avec hausse des dons en 2005, ou le tremblement de terre en Haïti en 2010 – suivies d’un recul.

Au vu de la corrélation élevée et significative qui existe entre les évolutions des montants des libéralités fiscales et des dons comptabilisés par le consortium ong.livre-ouvert qui publie les dons faits aux ONG belges de coopération au développement, on peut penser que les libéralités fiscales seront encore orientées à la hausse entre 2012 et 2013. Les dons faits à ces ONG ont en effet augmenté de 9% entre 2012 et 2013.

Sur le long terme (période 1995-2012), la croissance des libéralités fiscales dépasse celle du revenu disponible total des ménages. Les performances de 2010 à 1012 sont d’autant plus remarquables que le revenu disponible réel des ménages est alors en recul.

Par contre, sur le long terme la libéralité moyenne par contribuable donateur tend à décroître, passant d’environ 300 € à 230 €.

Au cours des années récentes on constate que libéralité moyenne et pourcentage de contribuables donateurs évoluent de manière opposée : la libéralité moyenne diminue quand le nombre de donateurs augmente et inversement.

Les observations ci-dessus confirment l’analyse faite par l’Institut ITINERA pour le compte de la Fondation Roi Baudouin : « L’Index de Philanthropie souligne (…) que la philanthropie se trouve les dernières années dans une spirale ascendante. »

Les libéralités fiscales en fonction du niveau du revenu imposable

La proportion de contribuables donateurs augmente avec le niveau du revenu imposable. Mais même au-delà du million de revenu imposable la proportion est inférieure à 60% ! Mais peut-être ces riches sont-ils généreux autrement, par exemple en créant des fondations.

Par contre, le don moyen n’augmente pas dans de mêmes proportions. En effet, la libéralité moyenne par contribuable donateur se situe aux environs de 250 € pour toutes les tranches de revenu imposable situées entre 10.000 € et 75.000 €. Elle passe à un peu plus de 500 € pour la tranche de revenu imposable situé entre 150 et 250 mille €. La libéralité moyenne est de 1.359 € pour la tranche de revenu imposable entre 250.000 € et un million et de 5.923 € au-delà du million €.

Tenant compte des deux évolutions, on ne s’étonnera pas que la libéralité représente un pourcentage décroissant du revenu disponible : on passe d’environ 2,3% pour la tranche de revenu imposable de 5.000 à 10.000 € à environ 0,4% (!) pour la tranche de revenu imposable supérieur à un million €.

En guise de conclusion

Au total:

  • on doit se réjouir que la crise semble ne pas avoir affecté la générosité (financière) des belges, même si au cours des années récentes elle a été stimulée par des événements dramatiques, ce qui ne garantit pas nécessairement une générosité durablement élevée ;
  • entre 2010 et 2012 on assiste à une réduction de la proportion de contribuables donateurs ; effet de la crise qui réduit peu ou prou le groupe des donateurs potentiels à ceux qui n’ont pas été affectés par la crise, je ne sais pas, mais l’hypothèse mérite je pense d’être testée ;
  • même si des efforts sont entrepris pour les combler on doit constater les nombreuses lacunes statistiques concernant la générosité, les deux principales étant :

> pas d’enquête récente sur le volontariat, qui est un don en temps

> peu d’enquêtes approfondies sur les motivations et les comportements des donateurs (potentiels).

Dommage.

Philippe Defeyt

Voir la note jointe pour plus de détails.

Retarder (encore une fois) l’âge de départ (effectif) à la retraite ? ou Racontez, racontez de (belles) histoires, il en restera toujours quelque chose

août 28th, 2014

Parmi les principales mesures pour assurer la viabilité à long terme des régimes de pension figure en bonne place un « relèvement des conditions d’âge et de carrière de la pension de retraite anticipée » pour reprendre le libellé utilisé par le Bureau fédéral du Plan dans une étude de 2013.

C’est un euphémisme de dire que ce genre de réforme ne suscite pas un enthousiasme délirant auprès d’une grande majorité des travailleurs et électeurs.

La présentation habituelle de ce genre de mesures apparaît se baser sur un raisonnement socio-économique imparable. Pour faire court : l’augmentation de l’espérance de vie doit forcément s’accompagner d’un allongement de la durée de la carrière ; et si la carrière s’allonge on cotisera plus longtemps ce qui permettra de contribuer à sauver les régimes de pensions dont l’équilibre budgétaire est menacé par le vieillissement démographique.

Le « bon sens » intuitif soulève immédiatement l’objection suivante : oui, d’accord, mais si les travailleurs âgés travaillent plus longtemps cela se fera forcément au détriment des demandeurs d’emploi inoccupés, en particulier des jeunes.

A cela les (ou plutôt des) économistes répondent en général deux choses :

  1. Les compétences ne sont pas nécessairement interchangeables entre travailleurs âgés et travailleurs jeunes. Retirer des travailleurs âgés de l’activité réduirait donc la compétitivité et le potentiel de croissance et donc de création nette d’emplois.
  2. Le PIB et le taux d’emploi sont à terme supposés s’élever au-dessus de ce qu’ils auraient été sans ce type de mesures, allégeant la charge budgétaire du vieillissement. Donc, le (taux d’) emploi diminue et le (taux de) chômage (des jeunes et moins jeunes) augmente peut-être à court-moyen terme mais pas à moyen-long terme.

A l’appui de cette vision, on met souvent en avant des graphiques qui montrent qu’il n’y a pas nécessairement opposition entre l’emploi des aînés et l’emploi des jeunes. Ou encore, des pays avec un haut taux d’emploi des aînés peuvent aussi avoir un taux de chômage des jeunes peu élevé. Contre exemple : la Belgique a eu longtemps de nombreux départs anticipés à la (pré)retraite et a malgré tout un taux de chômage élevé chez les 15-24 ans.

La dernière note de l’Institut pour un Développement Durable a pour ambition d’éclairer ce débat. Les intentions supposées de la possible future coalition « suédoise » en matière d’âge de la pension rendent ce débat d’autant plus d’actualité, mais encore faut-il qu’il repose sur des faits et analyses solides.

La variable centrale : la performance globale en matière d’emploi

Une analyse approfondie des taux d’emploi par catégorie d’âge pour 29 pays européens montre en fait que les taux d’emploi des jeunes et moins jeunes travailleurs semblent fortement influencées par la performance de chaque pays en matière de taux d’emploi global.

Il est aisément compréhensible qu’un marché du travail dynamique profite à ses différents segments, avec, bien sûr, des variations entre pays en fonction de la structure démographique globale et par secteur économique et des spécificités en matière d’enseignement (importance relative des filières de formation en alternance, taux de participation à l’enseignement supérieur…), de fin de carrière et de travail à temps partiel.

Cette observation est confortée par les évolutions de moyen terme (2000-2013) pour les mêmes pays.

Certes, on pourrait rétorquer que, grâce aux mesures qui ont été prises dans beaucoup de pays pour retarder l’âge de départ (effectif) à la (pré)retraite, c’est l’augmentation du nombre de seniors maintenus ou remis à l’emploi qui participe (largement) à l’augmentation du taux d’emploi global. Je pense qu’il n’en n’est rien parce que, dans la majorité des pays considérés, ce sont les évolutions socio-démographiques qui jouent un rôle prépondérant dans l’augmentation du taux d’emploi des aînés, plus que les mesures discrétionnaires prises au cours des années en matière de pensions : la force de travail vieillit et arrivent au-delà de 50 ans les femmes qui sont entrées massivement sur le marché du travail au cours des décennies précédentes ; si les circonstances économiques sont favorables, ces travailleurs désormais âgés de plus de 50 ans gardent leur emploi (ou, plus rarement, en retrouvent un).

Allonger la carrière : les enseignements d’une étude du Bureau fédéral du Plan

La note de l’Institut pour un Développement Durable se poursuit par une analyse des principaux résultats de l’étude du Bureau fédéral du Plan déjà citée : « La soutenabilité de la protection sociale ».

Pour aller à l’essentiel, le type d’allongement de la carrière simulée par le Bureau fédéral du Plan aboutit aux résultats suivants :

  • à court-moyen terme le taux d’emploi des 15-55 ans diminue et le taux de chômage augmente suite à l’allongement de la carrière des aînés
  • à moyen-long terme on pense que le taux de chômage revient à son niveau « structurel » donné par la projection de référence (en l’occurrence, dans cette étude, 8%)
  • l’augmentation de la population active est supposé induire progressivement une augmentation de l’emploi et de la croissance.

L’ensemble des effets induits de la mise en place d’une politique d’allongement de la carrière conduit à terme à soulager la facture du vieillissement d’environ 1 point de pourcentage de PIB.

Ce genre de projections pose deux questions fondamentales :

  1. Rappelons d’abord qu’il ne s’agit pas à proprement parler de projections de « comportements » faites sur base d’équations dont les coefficients ont été estimés sur des données passées. De toute manière les politiques simulées s’écartent tellement de ce qui a été fait ou observé dans le passé que chercher à estimer des « comportements » serait vain. Beaucoup de paramètres sont en fait « injectés » (exemples : gains de productivité, retour au taux de chômage structurel, durée estimée de ce retour…).
  2. Cette projection et d’autres, semblables, sont, d’une manière générale, basées sur de purs modèles d’offre de long terme où le taux de chômage évolue toujours « spontanément » et « naturellement » in fine vers son fameux taux « d’équilibre de long terme ».

Le Rapport annuel 2011 du Comité d’étude dit des choses semblables, mais en y ajoutant un intéressant caveat.  « maintenir inchangée l’hypothèse de taux de chômage structurel de long terme est certes une hypothèse forte, mais les méthodologies actuellement disponibles ne permettent pas d’envisager une alternative. »

On notera ici quatre points :

  1. Alors que – à court-moyen terme en tout cas – l’unique ou le principal effet de l’allongement de la carrière, en tout cas tel que simulé dans un exercice exploratoire du Bureau fédéral du Plan commentée ci-dessus, découle de la diminution d’environ 160.000 du nombre de retraités, l’essentiel de l’analyse porte sur les effets – supposés – de cet allongement sur le marché du travail. On parle beaucoup d’une éventuelle cerise en commentant au minimum la taille et le goût du gâteau.
  2. Si l’on regarde de plus près les évolutions supposées sur le marché du travail, peut-on faire un pari sur l’équilibre de moyen-long terme sur base de la simple assertion qu’il est « communément admis » qu’il y a un taux de chômage structurel d’équilibre ?
  3. Il faut éviter toute confusion entre la main-d’œuvre occupée et la main-d’œuvre potentielle donnée par la population active. J’ai beau réfléchir et lire, le mécanisme (éventuel) qui transforme de la main-d’œuvre potentielle en main-d’œuvre effectivement occupée m’apparaît quelque peu magique.
  4. L’approche macroéconomique et paramétrique utilisée dans ce genre de « simulations » tient-elle suffisamment compte des différences entre secteurs et entre entreprises, notamment en matière de structure d’âge et de remplacement ou non des départs à la retraite, des évolutions socio-démographiques importantes en matière de taux de participation à l’enseignement supérieur, les évolutions structurelles en matière de travail à temps partiel, etc., etc., toutes réalités susceptibles de faire varier les impacts globaux et par catégorie d’âge de ce genre de réformes et sur l’équilibre des finances publiques ? Peut-on par exemple penser que le nombre de chômeurs âgés n’augmentera pas plus que supposé par le Bureau fédéral du Plan au vu de l’accélération des changements économiques et technologiques.

Et alors ? Prenons de la hauteur !

Il est évidemment hors de propos de nier les effets socio-économiques et budgétaires du vieillissement socio-démographique. Mais, plus que tout, je crains un débat sur les nécessaires mesures à prendre réduit à des scénarios ou « creux » ou au contraire très ciblés mais « emballés » ou encore très hypothétiques, avec une absence de vision sociétale globale.

Rappelons d’abord que le Conseil européen a, en 2001 à Stockholm, défini une stratégie en trois axes pour faire face à la charge budgétaire du vieillissement socio-démographique :

  1. Le préfinancement, en fait une politique du poids de la dette publique et le dégagement d’un solde primaire positif.
  2. Des réformes structurelles de soutien à la croissance économique (via une augmentation des gains de productivité et du taux d’emploi).
  3. Des mesures qui diminuent les dépenses de pension (par rapport à ce qu’elles auraient été dans un scénario de référence).

Trois catégories de mesures – prises isolément ou combinées – peuvent réduire les dépenses de pension :

  1. Diminuer le nombre de pensionnés, en tablant sur le constat que, toutes choses égales par ailleurs, le volume des pensions économisées est plus élevé que l’augmentation des autres dépenses sociales (invalidité et chômage principalement).
  2. Diminuer le niveau moyen des pensions payées.
  3. Prévoir des liaisons au bien-être moins « généreuses ».

Dans cette perspective, j’appelle des scénarios « creux » des scénarios d’augmentation du taux de croissance et du taux d’emploi qui ne précisent pas les mesures prises pour arriver à un tel résultat.

J’appelle des scénarios « emballés » des scénarios qui ne mettent pas l’accent, dans leur présentation en tout cas, sur les véritables enjeux. Les résultats budgétaires des scénarios d’allongement effectif de la carrière professionnelle dépendent beaucoup plus, voire exclusivement à court-moyen terme, d’une importante diminution du nombre de pensionnés que de l’augmentation du taux d’emploi des seniors.

Je ne pense pas que je réussirai à convaincre ceux qui pensent qu’un nouveau durcissement en matière de conditions pour partir à la (pré)retraite est une des deux options fondamentales qui subsistent pour « sauver le système de pensions » (l’autre est la diminution des pensions versées à l’avenir aux statutaires dans le secteur public).

Essayons quand même, sur base des considérations suivantes :

  1. Il y a un consensus – mais souvent mis sous le boisseau – chez les économistes pour constater que tout durcissement des conditions pour partir à la (pré)retraite a, à court-moyen terme, pour effets :
  • une augmentation du nombre absolu de chômeurs pour de longues années et, en tout cas en début de période, du taux de chômage
  • une baisse du taux d’emploi des moins de 55 ans (probablement plus marquée pour les plus jeunes).

L’évidence microéconomique va dans le même sens.

Si malgré tout il y a une majorité pour mettre en place ce genre de mesure essayons au moins de ne pas cacher à la population et aux jeunes en particulier ces conséquences peu excitantes et peu mobilisatrices.

  1. Il est évident qu’augmenter le taux d’emploi peut avoir un effet positif sur l’équilibre des comptes de la sécurité sociale et de l’Etat de manière globale, mais à trois conditions souvent oubliées :
  • ce qui compte pour l’équilibre des comptes publics c’est le taux d’emploi en équivalents temps-plein
  • le salaire horaire moyen, toutes catégories d’âge confondues, ne doit pas baisser (toutes choses égales par ailleurs)
  • l’augmentation du taux d’emploi ne doit pas se faire au travers de mesures coûteuses pour les finances publiques, comme certains dispositifs déjà utilisés (notamment à cause des effets d’aubaine ou parce que le coût brut de certains emplois supplémentaires est supérieur aux recettes (para)fiscales qu’ils génèrent, directement et indirectement).
  1. C’est peu dire que les effets d’offre et le retour à un taux de chômage structurel d’équilibre – supposés prendre place à moyen-long – sont tout sauf sûrs et quand bien même ils seraient vérifiés il y a une incertitude sur la durée du processus. Il est assez interpellant de constater l’importance des incertitudes théoriques et empiriques dans ce domaine.
  2. Si le principal objectif est d’augmenter le taux d’emploi , l’allongement de la carrière « pur et dur » est-il la seule piste pour ce faire ? N’y a-t-il vraiment pas des pistes socialement moins coûteuses ? En effet, allonger la carrière n’a que des effets tout à fait incertains sur le moyen-long terme, ne résout pas la question de la transmission des savoirs et compétences à de plus jeunes travailleurs (puisqu’il ne sont pas là…) ; à suivre ce raisonnement il faudrait garder très longtemps occupés certains travailleurs et réduit les possibilités pour les jeunes seniors de rendre de nombreux services non monétairement valorisés mais qui fluidifient les différents temps des jeunes parents au travail et qui participent donc indirectement à leur productivité ; beaucoup de ces jeunes seniors s’occupent aussi des aînés, réduisant ainsi la charge sociétale.
  3. Cela ne vaudrait-il pas la peine d’explorer d’autres voies, isolément ou ensemble, qui peuvent servir de complément ou d’alternatives aux choix politiques en général avancés en matière de pensions ? :
  • généraliser des systèmes comme les congés d’âge dont bénéficie le personnel soignant des hôpitaux et maisons de repos et de soins ou encore le Plan Tandem dont bénéficient notamment en Wallonie les travailleurs des services de l’intégration des personnes handicapées ; ces deux systèmes ont pour caractéristiques communes d’alléger les fins de carrière dans des secteurs où la charge psychologique et/ou physique est souvent lourde (tout en maintenant les personnes âgées occupées) et de prévoir une embauche compensatoire ;
  • faciliter le remplacement de travailleurs absents (maladies, congés…) par d’anciens collègues jeunes pensionnés ou mobiliser ceux-ci lors de pointes de production ;
  • si l’option de retarder l’âge effectif de départ à la retraite était malgré tout retenue, peut-être pourrait-on imaginer de mettre en place simultanément :

1. Un plan d’épargne-pension complémentaire dont les points accumulés (pour s’inscrire dans la logique intéressante de la Commission pensions) pourraient, le moment venu, en fonction des circonstances, être transformés soit en une augmentation de la pension tout au long de la retraite soit à une pension anticipée.

2. Un nouveau contrat sociétal en matière de répartition du temps de travail tout au long de la vie. Les formules de compte d’épargne-temps recèlent à cet égard un important potentiel.

  • structurer un plan de relance, massif et concerté au niveau européen, autour de trois axes

1. Une diminution forte des charges (para)fiscales qui pèsent sur les services financée par une augmentation d’autres prélèvements obligatoires, dont la fiscalité sur les biens de consommation autres qu’alimentaires.

2. Un plan d’investissements massifs dans la transition énergétique et l’augmentation quantitative et l’amélioration qualitative du parc de logements. Un tel plan peut avoir de nombreux impacts positifs, notamment sur : la capacité d’épargne des ménages vieillissants (dès lors que leur niveau de vie serait amélioré par une moindre consommation énergétique et une pression à la baisse sur les coûts du logement), une moindre demande pour augmenter les pensions (dès lors que deux consommations basiques coûteraient moins cher), la lutte contre la précarité (pour les mêmes raisons) et le taux d’emploi global.

3. Un plan d’investissements massifs dans la remise en ordre et la modernisation de nos infrastructures (écoles, hôpitaux, routes…).

  • sans oublier, d’une manière générale, des politiques budgétaires et d’harmonisation sociale, fiscale et environnementale plus favorables à l’emploi qu’elles ne le sont aujourd’hui .

Plus que de projections socio-économiques finalement assez frustres, même si elles alimentent et cadrent le débat sur les pensions, je pense profondément que ce dont nous avons besoin c’est d’un débat sur le bien-être. Un bien-être durable, plus équitablement partagé, qui ne sacrifie pas certaines catégories d’âge (actifs et pensionnés) au bénéfice d’impératifs budgétaires qui peuvent être satisfaits autrement.

La manière dont s’est structuré le débat sur les pensions en Belgique enferme plus qu’il ne libère les projets et les débats.

Qu’on ne s’y méprenne pas : « there is no free lunch ». Mais tant qu’à consentir des efforts inscrivons les dans une perspective plus mobilisatrice que les seuls équilibres budgétaires.

Plus de données, graphiques, analyses et commentaires dans la note jointe. Ses deux annexes sont disponibles sur simple demande.

Philippe Defeyt

Titres-services : progression stoppée

mai 30th, 2014

On le pressentait depuis quelques mois.

Les dernières statistiques relatives aux titres-services remboursés – véritable indicateur de l’activité dans le secteur – le confirment : la progression des titres-services est stoppée.

On peut expliciter ce diagnostic sur base de deux indicateurs :
– la croissance à un an d’écart
– la tendance (données corrigées des variations saisonnières).

L’Institut pour un Développement Durable constate depuis 2007 une nette tendance à la baisse des taux de croissance à un an d’écart du volume de titres-services utilisés (avec des fluctuations certes importantes autour de cette tendance).

Et, pour la première fois, on observe en mars 2014 un léger recul (-0,3%) par rapport à période correspondante en 2013.

Un autre indicateur est plus clair encore.

La tendance du volume des titres-services remboursés, à savoir l’évolution de l’activité dans le secteur « nettoyée » des variations saisonnières et autres fluctuations comme par exemple les congés liés à des fêtes religieuses mobiles, se stabilise à un niveau un peu supérieur à 10 millions de titres-services par mois depuis avril 2013.

Sur base des observations et informations disponibles à ce jour, il est évidemment difficile d’interpréter ce qui se passe, moins encore d’en déduire l’ampleur et le sens des évolutions à venir. Mais on peut penser que la probabilité d’une reprise significative de l’activité en titres-services, et même d’une reprise tout court, est faible. A mes yeux un tassement même n’est pas impossible.

Voici les raisons qui me poussent à penser que la tendance observée récemment (quasi stagnation de l’activité autour d’un niveau un peu supérieur à 10 millions de titres-services par mois) devrait se prolonger :
– l’augmentation du prix du chèque
– une reprise économique qui reste insuffisante en matière de création nette d’emplois (en 2014 on devrait à peine retrouver le niveau d’emploi de 2012)
– une augmentation du pouvoir d’achat moyen par tête de certes 0,9% mais celui-ci restera toujours inférieur au niveau atteint en 2009 (première année de la crise).

Si cette stabilisation devait être confirmée cela constituerait un fait majeur à la fois pour les finances publiques et l’évolution de l’emploi, le tout dans un contexte du transfert de cette compétence aux régions.

On notera à cet égard qu’il semble que c’est en région wallonne que le recul à un an d’écart est le plus élevé alors qu’en Flandre on observe encore une légère croissance pour le premier quadrimestre 2014 par rapport à la période équivalente de 2013.

On verra ce qu’il en est dans les mois à venir.

Plus de détails et des graphiques dans la note jointe.

L’IDD déménage !

avril 22nd, 2014

Changement d’adresse

A partir du 1er mai 2014 l’Institut pour un Développement Durable quitte le N° 7 rue des fusillés à Ottignies. La nouvelle adresse est la suivante:

Chaussée de Chastre 113,

5140 SOMBREFFE.

Le nouveau N° de TEL est le 0484 109764.

Merci de prendre note du changement.

5 ans de crise, 5 indicateurs : on sous-estime l’ampleur de la crise 2008-2013 !

mars 25th, 2014

Les économies européennes seraient en train d’émerger de la crise née en septembre 2008.

Il est trop tôt pour mesurer l’ampleur et les conséquences de la reprise qui semble se dessiner sur base d’une série d’indicateurs et moins encore pour deviner la durée de celle-ci.

Mais le moment est bien choisi pour mesurer, avec maintenant un recul de 5 ans, quelques évolutions socio-économiques observées pendant la période 2008-2013.

La dernière étude de l’Institut pour un Développement Durable a retenu pour ce faire 5 indicateurs ou groupes d’indicateurs :

  1. Le pouvoir d’achat par tête.

  2. L’évolution de l’emploi salarié hors titres-services.

  3. Le nombre de Demandeurs d’Emploi Inoccupés.

  4. Le nombre de bénéficiaires du Droit à l’Intégration Sociale.

  5. L’activité dans la construction (logements neufs).

Plus de détails et les graphiques se trouvent dans la note jointe.

Voici néanmoins l’essentiel des observations :

Le pouvoir d’achat par habitant est, en 2013, “revenu” au niveau de 2000 ! La “crise” a raboté le pouvoir d’achat par tête d’environ 5% depuis 2009, année où a été enregistré son niveau maximum.

  1. En matière d’emploi deux constats essentiels :

  • l’emploi salarié total – hors titres-services – est, en 2013, “revenu” à son niveau de 2008

  • l’emploi privé et l’emploi public sont en légère baisse par rapport à 2011.

Pour ce qui est des évolutions des années à venir on peut penser que seul l’emploi salarié privé pourrait croître si reprise il y a mais sans plus pouvoir compter (beaucoup en tout cas) sur le secteur des titres-services et dans des proportions insuffisantes pour voir diminuer (significativement) le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés.

Après avoir atteint un creux en 2008, le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés (DEI) est reparti à la hausse pour dépasser les 580.000 en moyenne annuelle en 2013 sans cependant atteindre le maximum observé en 2005 (pratiquement 600.000 DEI).

On observe la même allure générale de la courbe des jeunes demandeurs d’emploi inoccupés. Le nombre de 118.000 jeunes DEI en 2013 est en-deçà , et c’est tant mieux, du maximum atteint en 2004 : 137.000. Mais le recul du nombre d’emplois occupés par des moins de 25 ans fait passer le taux de chômage des jeunes de 22% en 2008 à 27% en 2013.

La surprise vient de l’évolution du nombre de DEI de 50 ans et plus, qui a augmenté de 25.000 depuis 2008 et de 101.000 (!) depuis 2000. Il y a depuis 2009 plus de DEI de 50 ans et plus que des DEI de moins de 25 ans.

Sauf croissance très soutenue, il faudra de très nombreuses années pour redescendre au niveau du nombre de DEI observé en 2008.

  1. Bon an, mal an, le nombre moyen de personnes bénéficiant du Droit à l’Intégration Sociale (DIS) a tendance à augmenter. En 2013 ce nombre était de 108.300. Rappelons que les jeunes représentent environ 30% du nombre total de bénéficiaires du DIS, soit environ 32.000 jeunes en 2013.

  1. On sait qu’il y a une crise du logement et qu’une des manières de la résoudre c’est de construire des logements nouveaux. De ce point de vue la période de crise n’a pas été très favorable. Au total le nombre moyen de permis de construire accordés de 2009 à 2013 (environ 47.000) est de 6% inférieur au nombre moyen observé avant la crise (environ 50.000) et nettement moindre que les demandes observées au mileu de la décennie passée.

Bref, il y a des « retards » à « rattraper ». La reprise de l’activité économique sans politiques volontaristes n’y suffira pas.

A votre disposition.

Philippe DEFEYT

5 ans de crise, 5 indicateurs : on sous-estime l’ampleur de la crise 2008-2013 !

janvier 6th, 2014

Les économies européennes seraient en train d’émerger de la crise née en septembre 2008.

Il est trop tôt pour mesurer l’ampleur et les conséquences de la reprise qui semble se dessiner sur base d’une série d’indicateurs et moins encore pour deviner la durée de celle-ci.

Mais le moment est bien choisi pour mesurer, avec maintenant un recul de 5 ans, quelques évolutions socioéconomiques observées pendant la période 2008-2013.

La dernière étude de l’Institut pour un Développement Durable a retenu pour ce faire 5 indicateurs ou groupes d’indicateurs :

  1. Le pouvoir d’achat par tête.
  2. L’évolution de l’emploi salarié hors titres-services.
  3. Le nombre de Demandeurs d’Emploi Inoccupés.
  4. Le nombre de bénéficiaires du Droit l’Intégration Sociale.
  5. L’activité dans la construction (logements neufs).

Plus de détails et les graphiques se trouvent dans la note jointe.

Voici néanmoins l’essentiel des observations :

  1. Le pouvoir d’achat par habitant est, en 2013, “revenu” au niveau de 2000 ! La “crise” a raboté le pouvoir d’achat par tête d’environ 5% depuis 2009, année où a été enregistré son niveau maximum.
  2. En matière d’emploi deux constats essentiels :
    • l’emploi salarié total – hors titres-services – est, en 2013, “revenu” son niveau de 2008
    • l’emploi privé et l’emploi public sont en légère baisse par rapport 2011.
  3. Pour ce qui est des évolutions des années venir on peut penser que seul l’emploi salarié privé pourrait croître si reprise il y a mais sans plus pouvoir compter (beaucoup en tout cas) sur le secteur des titres-services et dans des proportions insuffisantes pour voir diminuer (significativement) le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés.

  4. Après avoir atteint un creux en 2008, le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés (DEI) est reparti la hausse pour dépasser les 580.000 en moyenne annuelle en 2013 sans cependant atteindre le maximum observé en 2005 (pratiquement 600.000 DEI).
  5. On observe la même allure générale de la courbe des jeunes demandeurs d’emploi inoccupés. Le nombre de 118.000 jeunes DEI en 2013 est en-deç , et c’est tant mieux, du maximum atteint en 2004 : 137.000. Mais le recul du nombre d’emplois occupés par des moins de 25 ans fait passer le taux de chômage des jeunes de 22% en 2008 27% en 2013.

    La surprise vient de l’évolution du nombre de DEI de 50 ans et plus, qui a augmenté de 25.000 depuis 2008 et de 101.000 (!) depuis 2000. Il y a depuis 2009 plus de DEI de 50 ans et plus que des DEI de moins de 25 ans.

    Sauf croissance très soutenue, il faudra de très nombreuses années pour redescendre au niveau du nombre de DEI observé en 2008.

  6. Bon an, mal an, le nombre moyen de personnes bénificiant du Droit l’Intégration Sociale (DIS) a tendance augmenter. En 2013 ce nombre était de 108.300. Rappelons que les jeunes représentent environ 30% du nombre total de bénéficiaires du DIS, soit environ 32.000 jeunes en 2013.
  7. On sait qu’il y a une crise du logement et qu’une des manières de la résoudre c’est de construire des logements nouveaux. De ce point de vue la période de crise n’a pas été très favorable. Au total le nombre moyen de permis de construire accordés de 2009 2013 (environ 47.000) est de 6% inférieur au nombre moyen observé avant la crise (environ 50.000) et nettement moindre que les demandes observées au mileu de la décennie passée.

Bref, il y a des « retards » « rattraper ». La reprise de l’activité économique sans politiques volontaristes n’y suffira pas.

Pour télécharger la note, cliquez ici.

Réflexions en vue de la conférence climatique de Varsovie

octobre 31st, 2013

Un « échange croisé climat » fut organisé le 22 octobre 2013 par Associations 21, l’APERe et Oxfam-Solidarité dans la perspective de la conférence de Varsovie sur le changement climatique (COP 19[1]). Le texte présente des réactions l’exposé de Brigitte Gloire et aux discussions qui ont suivi. Tout en s’appuyant sur certaines conclusions émises lors de la réunion, il propose quelques pistes de réflexions nouvelles.

Cliquez ici pour accéder au texte.

Jean-Paul Ledant


[1] 19ème conférence des parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique.

Ménages et logements en Wallonie – Un exercice prospectif 2013-2026

août 27th, 2013

La publication en 2008 par le Bureau fédéral du plan des perspectives démographiques 2007-2061 a suscité l’étonnement de nombreux observateurs et citoyens. Elles annonçaient en effet une augmentation de la population qui a surpris dans la mesure où très nombreux étaient ceux qui n’avaient pas pris conscience de l’importance des flux migratoires, notamment en provenance du continent européen.

Depuis lors, deux reprises, le Bureau fédéral du Plan a revu la baisse l’augmentation de population wallonne, même si elle reste importante. Les Perspectives démographiques 2011-2061 prévoient ainsi une augmentation de la population wallonne de 250.000 personnes entre 2013 et 2026.

Dans cette perspective, la dernière note de l’Institut pour un Développement Durable a pour objectif de mesurer l’impact de l’augmentation de la population sur le nombre de ménages et sur l’activité dans la construction résidentielle.

Les ménages

La taille moyenne des ménages baisse depuis longtemps. Depuis 1991, la taille moyenne des ménages privés est passée, en Wallonie de 2,49 2,29 personnes/ménage.

L’analyse de l’Institut pour un Développement Durable conduit penser que la taille moyenne des ménages va continuer baisser, mais moins vite qu’avant. Pour débroussailler les perspectives des années venir, on a développé trois scénarios d’évolution de la taille moyenne des ménages.

Le scénario moyen, qui résume ces trois scénarios, envisage que la taille moyenne des ménages passerait de 2,28 2,24 personnes/ménage entre 2013 et 2026.

Peuvent expliquer une baisse ralentie de la taille des ménages :

  • des perspectives socio-économiques moins souriantes, qui font, par exemple, que de jeunes adultes restent plus longtemps dans le logement familial
  • l’augmentation du coût du logement
  • l’évolution des mœurs et représentations en matière de logement (co-locations, accueil familial de personnes âgées…)
  • le vieillissement socio-démographique qui, la fois, augmentera le nombre de personnes se retrouvant seules mais en même temps incitera certaines personnes seules se regrouper ; c’est ainsi, par exemple, que l’on voit aujourd’hui des personnes d’une cinquantaine d’années retourner, pour diverses raisons, chez leurs parents ou un des deux parents.

Ceci implique, dans le scénario moyen, que le nombre de ménages augmenterait de 161.000 entre 2011 et 2026 alors que l’IWEPS prévoyait lui, mais sur base d’autres projections démographiques, une hausse de 201.000 du nombre de ménages sur la même période.

L’activité dans la construction résidentielle

Toutes choses égales par ailleurs il faudra des logements supplémentaires pour abriter ces ménages (constructions totalement neuves ou utilisation de bâtiments existants : reconversion d’anciens bureaux ou bâtiments industriels, « découpage » de logements existants, etc.).

Dans un premier temps, l’Institut pour un Développement Durable a fait l’hypothèse que tous les nouveaux logements nécessaires seraient couverts par de nouvelles constructions. Malgré l’augmentation du nombre de ménages, cette hypothèse débouche – dans le scénario moyen – sur un recul d’environ 5% de l’activité dans la construction résidentielle par rapport l’activité observée pendant la période 2000-2013.

Chiffres-clé – scénario moyen

Nombre de ménages – croissance annuelle moyenne

2000-2013 : + 12.700 2014-2026 : + 10.700

Mises en chantier de logements neufs – moyenne annuelle

2000-2013 : 11.700 2014-2026 : 11.100

Certes, ce scénario présente des variantes et divers impondérables peuvent augmenter ou diminuer le nombre de logements mis en chantier. Mais, au total, je pense que le scénario le plus probable pour les années venir implique

- une baisse ralentie de la taille moyenne des ménages,

- une augmentation ralentie du nombre de ménages

- une baisse de l’activité annuelle moyenne dans la construction de nouveaux logements par rapport la moyenne annuelle observée entre 2000 et 2013,

- une baisse structurelle de la superficie moyenne des logements (plus de logements pour 1 ou 2 personnes – par exemple les résidences-service – et baisse générale liée aux contraintes financières des ménages et aux coûts de construction).

Plus encore qu’aujourd’hui il faudra donc stimuler la rénovation et la modernisation énergétique du stock existant de logements, la fois pour soutenir l’activité dans le secteur et accélérer l’adaptation du parc de logements au défi énergétique. L’Alliance Emploi-Environnement devra donc d’une manière ou d’une autre être prolongée, ne serait-ce que pour maintenir un niveau d’activité satisfaisant dans le secteur de la construction résidentielle.

L’exercice prospectif de l’Institut pour un Développement Durable constitue un point de départ plus qu’une conclusion, encore moins une conclusion « définitive ».

De nombreuses questions doivent être explorées plus avant pour mieux évaluer la dynamique logements/ménages et l’ampleur et les caractéristiques des demandes qui seront adressées au secteur de la construction résidentielle. Les réponses ces questions permettront de mieux calibrer la politique du logement.

En voici quelques-unes de questions :

  1. Quelle est l’articulation entre l’évolution du nombre de ménages et celle du nombre de logements ? Par exemple, le manque de logements un prix abordable tend-t-il réduire la constitution de nouveaux ménages ?
  2. Quel est l’impact des flux migratoires sur l’évolution de la taille moyenne des ménages et sur la demande résidentielle (location ou achat, taille et nature des logements…) ?
  3. Comment rencontrer au mieux les besoins en forte hausse des personnes seules ? Par exemple comment rencontrer les besoins de jeunes quand ils sont seuls en début de vie active ? Autre exemple : comment inciter plus de personnes âgées seules occuper (volontairement) de plus petits espaces, surtout quand la charge (entretien et réparations) de leur logement devient trop lourde, soit en migrant vers des résidences-services (ou formules équivalentes) soit en accueillant dans leur logement devenu trop grand d’autres personnes ?
  4. Comment va évoluer la taille moyenne des logements ? Quelle est la part de contrainte et quelle est la part de, par exemple, la recherche d’une plus grande sobriété ?
  5. Comment évolueront et seront rencontrés les besoins de catégories spécifiques : étudiants (notamment étrangers), personnes âgées dépendantes… ? La manière dont ces besoins seront rencontrés influencera notamment le taux d’utilisation du stock de logements existants et le besoin de nouveaux logements.
  6. Quelle est le nombre et la localisation des bâtiments autres que des logements susceptibles d’être transformés en tout ou en partie en logements ?
  7. Comment maîtriser mieux les coûts de construction ? En particulier pour les maîtres d’œuvre tenus par des marchés publics comment réduire le surcoût qui semble lié cette procédure ? Comment aussi maîtriser le coût du foncier ? Comment notamment optimaliser l’occupation des « friches » urbaines ?
  8. Comment faire évoluer le dispositif de prise en gestion de logements inoccupés pour le rendre plus efficace et plus rapide mettre en œuvre ?
  9. Quelles sont les éventuelles différences sous-régionales en matière de rencontre entre l’offre et la demande de logements ?

Pour ce qui est de l’effort spécifique des pouvoirs publics dans l’offre de logements, il existe d’autres moyens que l’investissement direct pour rencontrer l’objectif (minimal) de 10% de logements publics, notamment l’imposition de charges urbanistiques et la prise en gestion par des agences immobilières sociales ou autres institutions.

Il est temps, en Wallonie, d’arrêter de confondre logements publics et logements sociaux. S’il faut, pour les ménages petits revenus, un parc de logements aux loyers fortement réduits, on peut aussi imaginer la mise en place d’un parc de logements publics loyers modérés, qui aurait l’avantage de peser moins sur les finances publiques tout en allégeant la charge du loyer dans les budgets des ménages revenus moyens. Le développement d’un tel parc serait d’autant plus important que l’accès un logement un prix correct restera difficile dans certaines zones et/ou pour certains types de ménages, en particulier les personnes seules.

Ces quelques éléments d’une prospective dont l’objectif est avant tout de lancer la discussion pourront, je l’espère, contribuer orienter le mieux possible l’utilisation des compétences et l’activation des moyens budgétaires dont la Wallonie va bientôt hériter en matière de logement.

Voir le texte complet en cliquant ici …

L’état des statistiques en Belgique : des améliorations sont indispensables

août 13th, 2013

Le quiz de l’été :

  1. Combien y a-t-il de chômeurs en Belgique ? Comme on ne le sait que trop bien, cela dépend. Réponse(s) ci-après.
  2. De combien a baissé l’emploi des jeunes depuis 2008 : -21.000 pour l’Enquête sur les forces de travail, -37.000 selon d’autres sources.
  3. Quels sont les revenus mobiliers des belges ? 12 € (!) par mois en moyenne en 2010 si l’on en croît l’Enquête sur le budget des ménages.
  4. Combien y a-t-il d’expulsions domiciliaires par an en Belgique ? Nul ne le sait, personne n’ayant exploité ce jour l’information disponible dans les justices de paix.
  5. Quel est le revenu fiscal moyen des ménages ? On pourrait calculer cette information partir des déclarations fiscales et du registre national mais la Commission de protection de la vie privée s’y oppose.
  6. Quelle est la consommation électrique en kWh des ménages privés par niveau de revenu ? Nul ne le sait. On a tout au plus de vagues estimations alors que la mise en commun de plusieurs sources statistiques permettrait de répondre cette question cruciale dans les débats de l’heure.
  7. Combien y a-t-il d’analphabètes en Belgique ? Le pourcentage toujours cité – 10% – ne repose sur aucune étude !
  8. Combien d’enfants sont-ils « élevés » dans une grande mesure par leurs grands-parents ? A-t-on déj songé investiguer cette question comme on l’a fait, par exemple, aux États-Unis ?

Partant de ces questions et de quelques autres, la dernière note de l‘Institut pour un Développement Durable propose des constats sur l’appareil statistique belge et formule des recommandations pour l’améliorer.

Cliquez ici pour la télécharger

2008-2012 : un marché du travail prévisible et étonnant la fois

juillet 9th, 2013

Les données disponibles sont maintenant suffisantes pour décrire et comprendre un peu mieux le marché du travail pendant la période de crise 2008-2012.

La dernière note de l’Institut pour un Développement Durable (jointe cet envoi) propose une analyse de quelques évolutions significatives du marché du travail belge.

Trois constats globaux d’abord :

1. Malgré la crise l’emploi global a augmenté (+ 90.000 entre 2008 et 2012), même si c’est de très peu entre 2011 et 2012 (+ 7.000).

2. La population active ayant augmenté plus vite que l’emploi, le chômage tel que défini par le Bureau du Plan a lui aussi augmenté.

3. Au total le taux d’emploi a très légèrement régressé et le taux d’activité est resté stable.

Comme pour les années « d’avant la crise », on notera que les chiffres auraient été plus mauvais si l’ONEM ne finançait pas des mesures en matière de chômage temporaire (étendu aux employés en début de période de crise) et d’aménagement du temps de travail. On notera cependant une quasi-stagnation du nombre de travailleurs qui aménagent leur temps de travail entre 2011 et 2012, ce qui préfigure, peut-on supposer, une stagnation de plus longue durée (les causes : impact de la crise sur les choix individuels et restrictions apportées aux possibilités d’aménagement).

Pour ce qui est des évolutions sectorielles de l’emploi, les constats sont les suivants :

1. L’agriculture continue perdre des emplois.

2. L’industrie a souffert très fort de la crise (-56.000 emplois) entre 2008 et 2012.

3. La construction s’en sort plutôt bien.

4. C’est uniquement grâce aux secteurs d’activités abondamment voire totalement financés par l’Etat (titres-services, santé et social, notamment dans le secteur des maisons de repos et les hôpitaux, l’enseignement…) que l’emploi global augmente.

D’une manière générale ces évolutions récentes ne laissent pas augurer d’une remontée très forte de l’emploi dans les deux ou trois années venir :

1. La croissance attendue dans un contexte de compétition internationale exacerbée et de progrès technologiques continus ne laisse pas augurer d’un redressement de l’emploi manufacturier. C’est même de nouvelles réductions d’emplois nettes qu’il faut s’attendre.

2. Le secteur financier poursuit sa (longue) convalescence.

3. Les contraintes budgétaires empêcheront une nouvelle progression de l’emploi non-marchand ou fortement subsidié (sauf peut-être encore un peu dans les titres-services).

4. Par contre le secteur de la construction, soutenu notamment par la nécessaire extension du parcs de logements, pourrait voir l’emploi se développer quelque peu.

Deux tendances observées depuis longtemps ont perduré au travers de ces années de crise :

1. Une augmentation de l’emploi temps partiel, qui concerne désormais près de la moitié des salariées (46% exactement).

2. Une augmentation du temps de travail moyen des salariés temps partiel. En 2000, le temps de travail des salariés temps partiel était de 22,5 heures/semaine ; il est aujourd’hui de 24,2 heures/semaine.

On observera aussi, par ailleurs, la poursuite de la féminisation de l’emploi. L’augmentation de la proportion de femmes est particulièrement marquée pour les 50 ans et plus.

Les évolutions du marché du travail par âge sont plus étonnantes, non dans le sens des évolutions mais bien dans l’ampleur de celles-ci. Deux évolutions sont marquantes :

  • un recul sévère de l’emploi des moins de 25 ans (pratiquement -10% entre 2008 et 2012)
  • une augmentation très importante de l’emploi des plus de 50 ans : + 157.000 emplois !

Une conclusion s’impose avec force. Les moins de 40 ans et plus encore les moins de 25 ans voient leur taux d’emploi et leur taux d’activité reculer. Le taux de chômage de ces deux catégories d’âge augmente fort (surtout pour les moins de 25 ans), alors qu’il augmente très peu pour les 40 ans et plus. Il baisse même entre 2011 et 2012 pour les 50-64 ans.

Une reprise économique pourra probablement atténuer quelque peu cette forme de dualisation sur le marché du travail. Mais elle risque de perdurer quelque temps encore.

Pour télécharger la note complète, cliquez ici.