L’emploi en titres-services : mise en perspective et mises au point

mars 12th, 2013

Le succès du système des titres-services est indéniable.

Et les déclarations sur l’ampleur et la croissance de l’emploi qui découlent de ce succès ne manquent pas.

Les créations d’emplois sont de fait très importantes. Mais encore faut-il les mesurer correctement.

Après avoir rappelé la croissance de l’activité en titres-services, la dernière note de l’Institut pour un Développement Durable se penche en détail sur le niveau d’emploi en titres-services et sur l’augmentation de l’emploi depuis la mise en route du système des titres-services.

Elle se conclut sur une ré-estimation du coût brut et du coût net par emploi crée dans le système des titres-services.

Les principaux constats de l’Institut pour un Développement Durable sont les suivants :

  • en tendance, le nombre de titres-services remboursés a atteint fin 2012 le niveau de 10 millions par mois
  • malgré un rattrapage progressif, la part de la Wallonie dans les titres-services remboursés atteint peine 22% ; Bruxelles, au contraire, « surconsomme » en termes relatifs
  • en 2012, les ménages belges ont acheté quasiment 1 milliard de titres-services, soit pratiquement 0,5% de leur revenu disponible
  • le niveau d’emploi est inférieur aux données le plus souvent citées, notamment par certains responsables politiques (voir par exemple les 170.000 emplois évoqués par la ministre fédérale de l’emploi en mars 2012)
  • sur base d’une méthodologie plus appropriée on peut estimer 113.200 l’emploi moyen en 2012
  • in 2012 il y avait environ 116.500 emplois en titres-services
  • dans le secteur privé, l’activité des titres-services a contribué concurrence de 44% des créations nettes d’emplois entre 2004 et 2012
  • entre 2008 et 2012, l’emploi dans le secteur privé aurait stagné sans l’augmentation de l’emploi en titres-services
  • le temps de travail moyen dans le secteur est d’environ un 3/5 temps
  • le coût net pour les finances publiques du système des titres-services est estimé environ 15.000 €/an par emploi équivalent temps-plein.

Au moment où les moyens d’action publics consacrés aux titres-services vont être régionalisés, peut-être y a-t-il lieu d’examiner la meilleure affectation possible des importants montants budgétaires ainsi injectés dans l’économie (1,615 milliard € en 2013, hors dépense fiscale).

A mon estime, deux autres secteurs au moins sont susceptibles de générer des effets sur l’emploi du même ordre de grandeur et de proposer des emplois de meilleure qualité, tout en rencontrant des besoins souvent vus comme essentiels : les maisons de repos et de soins et le secteur des aides-familiales, aides-ménagères, etc.

Pourvu, en tout cas, qu’il y ait au moins un débat sur ces questions et qu’il s’appuie sur des évaluations en matière d’emploi, de retombées sur les dépenses sociales, etc., qui tiennent la route. Cette note a pour seul objectif d’alimenter ce débat, non de le trancher.

Le lecteur intéressé trouvera plus de précisions dans la note jointe.

Les salaires en Belgique : quelques données

janvier 14th, 2013

Fin 2012 le SPF Economie a publié les résultats de l’Enquête sur les salaires 2010. Le résultat le plus important était qu’en 2010 un salarié employé temps plein gagnait en moyenne € 3.103 brut par mois.

Cette enquête est certes intéressante mais présente plusieurs limitations :

  1. Les données ont deux ans de retard.
  2. Elles concernent uniquement les travailleurs temps plein dans les entreprises de 10 personnes et plus.
  3. Toutes les composantes de la rémunération ne sont pas prises en compte.
  4. Enfin, des secteurs grands pourvoyeurs d’emploi (les administrations publiques, l’enseignement, les soins de santé et autres services aux personnes) ne sont pas couverts par cette enquête.

Afin de pallier, en partie, ces limitations, la dernière note de l’Institut pour un Développement Durable propose plusieurs indicateurs complémentaires en matière de salaires.

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Le point sur les jeunes qui bénéficient d’un revenu d’intégration « étudiant »

octobre 25th, 2012

La campagne pour les communales d’octobre 2012 a été l’occasion pour certains médias de revenir sur la thématique des jeunes qui bénéficient d’un revenu d’intégration (RI) « étudiant ». La présente note a pour objectif de replacer le RI « étudiant » dans son contexte réglementaire et de faire le point, par région et par commune, de son importance relativement au nombre de jeunes bénéficiaires du RI.
Pour télécharger la note: cliquez ici
Pour télécharger le fichier de données sur les étudiants néerlandophones: cliquez ici.

Des concepts pour préparer l’adaptation aux changements climatiques

octobre 18th, 2012

Les changements climatiques nous confrontent deux défis complémentaires : d’une part l’atténuation des effets que nous exerçons sur le climat (essentiellement par la diminution des émissions nettes de gaz effet de serre) et d’autre part l’adaptation aux changements climatiques, qui se présentent ou s’annoncent malgré tout.
La présente contribution s’intéresse ce deuxième volet, car il figure déj parmi les priorités des pays les plus vulnérables et va probablement s’imposer de manière plus universelle. Elle a pour objet d’interroger et de préciser les concepts clés susceptibles d’être utiles pour la préparation de projets et programmes d’adaptation.

Jean-Paul Ledant

Salaire + allocations sociales = l’impossible équation ?

septembre 5th, 2012

De nombreux interlocuteurs sociaux ont donné récemment des interviews concernant les dossiers du futur Accord interprofessionnel. Dans cette perspective la dernière étude de l’Institut pour un Développement Durable revient sur la problématique des « pièges financiers » ou « pièges l’emploi ».

On appelle « pièges financiers » ou « pièges l’emploi » toute situation où le fait de passer du statut d’allocataire social celui de travailleur (le cas échéant temps partiel) débouche sur une très faible augmentation du revenu disponible net, voire une baisse de celui-ci.

Par rapport cette problématique, l’étude de l’Institut pour un Développement Durable vise 3 objectifs :

  1. Affiner le calcul des pièges financiers en tenant compte que de plus en plus d’emplois proposés sont des emplois temps partiel.
  2. Comparer les situations respectives des chômeurs et des bénéficiaires du droit l’intégration sociale.
  3. Proposer quelques orientations et mesures pour rencontrer (un peu) mieux cette problématique.

Un constat accablant

Si l’on tient compte des frais encourus pour aller travailler, en particulier les frais de déplacement et de garde d’enfants, trouver ou retrouver un emploi est rarement intéressant sur le plan financier. Dans certaines situations, en particulier en cas d’emploi temps partiel, la personne concernée peut même voir son revenu disponible diminuer !

Deux catégories de personnes/ménages sont surtout concernées : les chômeurs et les bénéficiaires du droit l’intégration sociale.

On constate aussi que les chômeurs et les bénéficiaires du droit l’intégration sociale (anciennement minimexés) ne sont pas traités de la même manière quand ils (re)touvent un job, en particulier pour les emplois qui représentent moins d’un 4/5ièmes.

Compléments d’analyse

Pour l’essentiel, ces résultats confirment les calculs et les conclusions d’autres travaux de même nature. Complétons l’analyse avec cinq considérations :

  1. On ne dira jamais assez que ce n’est pas parce qu’il y a perte de revenu disponible net que les personnes concernées ne (re)prendront pas un job.
  2. Ces calculs confirment que ce sont souvent les parents seuls pour qui la (re)mise au travail est financièrement la moins intéressante.
  3. Les hypothèses retenues par l’étude sont globalement « conservatoires ». Dans beaucoup de cas en effet, le coût total de la (re)mise l’emploi est plus important que celui pris en compte ici.
  4. Les mesures décidées en juillet 2012 (au mieux 15 €/mois en plus de revenu disponible) apparaissent d’autant plus insuffisantes. Il est évident qu’elles ne changent pas fondamentalement la donne pour les arbitrages travail/non travail.
  5. On ne comprend pas pourquoi les « logiques » l’œuvre sont différentes pour les chômeurs et les bénéficiaires du revenu d’intégration.

Que faire alors ?

A première vue la solution est (techniquement) simple : garantir que tout travailleur voie son revenu disponible augmenter en gardant au moins une partie du salaire gagné.

  1. Cette approche peut rapidement être très coûteuse pour les finances publiques.
  2. C’est la raison pour laquelle beaucoup de propositions de réforme envisagent un incitant qui diminue en fonction du temps de travail. Mais une telle approche risque d' »enfermer » les personnes concernées dans un emploi temps partiel.
  3. Un système amélioré d’incitant au travail peut avoir des effets pervers sur la formation des salaires.
  4. Mais, surtout, tout système d’incitant(s) la (re)mise au travail de bénéficiaires d’allocations de chômage ou du revenu d’intégration risque de créer des iniquités entre travailleurs. En effet, deux travailleurs dans des situations semblables auront un revenu global différent suivant qu’ils seront passés ou pas par la case ONEM ou CPAS.

Seul un système d’allocation universelle permet de dépasser ces limites. A défaut, certaines réformes peuvent améliorer la situation actuelle. Voici quelques orientations et mesures :

  1. Quel que soit le dispositif mis en place il doit traiter de manière semblable et équitable les chômeurs et les bénéficiaires du revenu d’intégration.
  2. Si on s’inspire du système de l’allocation de garanti de revenus, on peut y apporter les améliorations suivantes :

    a) tenir compte au minimum des frais professionnels

    b)être conçu de manière ce que le revenu global ne baisse jamais.

  3. Il est possible de limiter ou de supprimer la perte d’avantages sociaux sur base de trois principes :
  4. a) pas de « tout ou rien » ; la « disparition » d’avantages sociaux doit se faire progressivement, pas passer de 100% 0% une fois un seuil franchi

    b) l’octroi de tous les avantages sociaux devrait se faire sur base des revenus, non du statut

  5. mettre en place des dispositions sociales neutres par rapport aux revenus et au statut.
  6. Enfin, l’individualisation des allocations sociales devrait éviter de pénaliser d’autres personnes du ménage en cas de (re)mise au travail.

Une dernière hypothèse doit ici être examinée : augmenter les bas salaires, en tout cas en net. Certes, mais cette solution :

  • risque de coûter plus cher encore que les autres pistes évoquées ci-dessus (en termes budgétaires certainement, en termes d’emplois peut-être)
  • elle ne changerait pas fondamentalement la situation en l’état actuel de la législation puisque les allocations versées dépendent de la hauteur du salaire.

Cette piste peut évidemment être suivie mais pour d’autres raisons, en particulier une meilleure distribution primaire des revenus.

Dans le cadre de la logique actuelle des transferts et avantages sociaux, il n’est pas possible d’apporter une solution idéale et globale au problème des pièges financiers. Mais on peut déj apporter de notables améliorations qui, de plus, pour certaines, profiteraient tout le monde. On pense notamment aux réformes qui visent lier les avantages et allocations au revenu plutôt qu’au statut (par exemple pour les allocations familiales majorées) et la mise en place de dispositifs généraux neutres par rapport aux revenus et aux statuts (par exemple : une tarification progressive du gaz et de l’électricité).

Le lecteur intéressé trouvera plus de détails dans la note jointe.

La montée en puissance des énergies fossiles non conventionnelles : risque(s) ou opportunité(s) ?

août 13th, 2012

La montée en puissance des énergies fossiles non conventionnelles reste, en Belgique en tout cas, largement méconnue. Ses conséquences potentielles le sont donc aussi.

La dernière publication de l’Institut pour un Développement Durable pour ambition de contribuer susciter une prise de conscience plus large qu’aujourd’hui et d’alimenter un débat public qui tarde s’épanouir comme il le devrait au vu de l’importance des enjeux.

Qu’appelle-t-on énergies fossiles non conventionnelles ?

Même si la typologie n’est pas totalement stabilisée ni identique d’une source l’autre, on peut considérer qu’on appelle énergies fossiles non conventionnelles les principales sources suivantes :

Pétrole : pétrole de schiste, pétrole issu de sables bitumeux et autres pétroles extra-lourds, produits issus de la transformation du charbon, du gaz et de la biomasse (biocarburants).

Gaz : gaz de schiste (shale gas), gaz de houille (coal bed methane), dont l’appellation traditionnelle est grisou, gaz (de réservoir) compact ou gaz de réservoirs étanches (tight gas), catégorie aux limites floues avec le gaz de schiste et le gaz conventionnel et hydrates de méthane, source non exploitée ce jour.

Si on ajoute aux sources non conventionnelles déj exploitées et potentielles la mise en exploitation du continent arctique et l’extension des forages en haute mer, l’offre d’énergies carbonées hors charbon (re)devient (très) abondante, en tout cas par rapport aux estimations précédentes. Il est remarquable que cette augmentation de l’offre pourrait se faire en par­tie des coûts (relativement) faibles, voir très modestes par rapport aux prix actuels du pétrole.

De multiples conséquences et enjeux

Les conséquences de ces évolutions sont multiples, sachant qu’ court-moyen terme ce sont surtout les gaz non conventionnels qui vont bouleverser la donne :

1. Conséquences géostratégiques : la principale est l’augmentation du nombre de pays pro­ducteurs et/ou de la production de certains pays et donc baisse relative du poids stratégique des pays du moyen-orient et de la Russie (d’autant plus que le gaz est largement substituable au pétrole, notamment dans l’industrie chimique de base ; terme on peut aussi faire rouler beaucoup de véhicules directement au gaz ou en le transformant en carburant liquide). Ceci dit, l’Europe n’est pas, semble-t-il, la principale bénéficiaire directe de ces sources non conventionnelles mais pourrait l’être surtout indirectement (par une pression la baisse sur les prix énergétiques).

2. Conséquences environnementales. Elles sont de trois ordres

  • les dégâts environnementaux « locaux » liés l’exploitation de ces réserves (pollu­tions maritimes, pollutions de nappes phréatiques, fuites de sulfure d’hydrogène…)
  • les émissions de gaz effet de serre liées aux fuites de méthane liées directement l’exploitation du gaz de schiste ; quelques pour-cents de fuites suffisent annihiler le bénéfice environnemental découlant de la substitution du méthane des énergies fossiles plus « sales » dans les centrales électriques ou dans d’autres usages.
  • l’aggravation du réchauffement climatique découlant d’une croissance supplémentaire facilitée par une moindre contrainte énergétique.

3. Conséquences socioéconomiques. Elles sont elles aussi très nombreuses :

  • déplacement d’activités vers des pays jusqu’ici non producteurs (importants en tout cas) d’énergies fossiles ou rapatriement d’activités vers les pays qui ont d’abondantes ressources en gaz non conventionnel
  • modifications de la structure des inputs énergétiques de l’industrie chimique
  • développement de nouvelles activités ou développement d’activités existantes (matériels spécialisés, plate-formes d’exploitation, transports, turbines au gaz, etc.)
  • modification des prix relatifs (par rapport aux tendances de référence) la fois entre inputs énergétiques mais aussi entre produits en fonction de leur contenu énergétique (par exemple les plastiques pourraient voir leur prix relatif diminuer)
  • modification des positions compétitives de divers vecteurs énergétiques ; c’est ainsi, par exemple, qu’aux Etats-Unis, l’Etat du Wyoming, principal producteur de charbon, s’inquiète sur le futur de sa production
  • modification des positions compétitives internationales (notablement entre les Etats-Unis et l’Europe, au détriment de celle-ci), en tout cas tant que d’éventuels investissements et changements dans les pratiques commerciales n’auront pas rapproché les niveaux de prix du gaz entre les grandes zones économiques ; ces modifications de positions compétitives concernent par exemple les positions relatives des Etats-Unis versus l’Europe pour l’industrie chimique et les pays pétroliers pour ce qui est de l’industrie de transfor­mation du pétrole
  • croissance économique plus forte que dans les scénarios de référence de moyen-long terme.

Et alors ?

Sans modification des politiques, ces évolutions ont, potentiellement, deux conséquences majeures :

  • un probable relâchement collectif et individuel par rapport la question énergétique
  • une probable aggravation du rythme et de l’importance du réchauffement climatique qui découlerait de ce relâchement et d’autres évolutions socioéconomiques et environnemen­tales signalées ci-dessus.

Mais ce serait oublier un peu vite que tout indique que le réchauffement climatique serait plus rapide et ses conséquences plus marquées que ce que les modèles prévoient. D’autre part une énergie plus abondante et, globalement, moins coûteuse ne va pas supprimer d’autres externalités négatives (environnementales, sociales et humaines) liées son usage, que du contraire même. Enfin, l’exploitation de ces sources non conventionnelles pourrait générer de nouvelles externalités négatives.

Voil pour les risques.

Mais on peut aussi essayer de faire de la montée en puissance de ces énergies non conventionnelles une opportunité. En effet, un coût hors taxes en baisse rend d’autant plus intéressant un transfert de la fiscalité du travail vers l’énergie, avec des retombées positives sur l’emploi et le développement d’activités favorisées par une énergie plus chère. En tout état de cause, des différences de fiscalité devront être maintenues entre vecteurs énergétiques en fonction de critères environnementaux.

En attendant de voir comment évoluera la politique énergétique européenne, il serait souhaitable que se développe rapidement un débat public au niveau fédéral et régional. Avec trois objectifs au moins :

  1. préparer les prises de position de la Belgique aux Conseils des ministres européens concernés
  2. mieux évaluer les enjeux et conséquences pour la Belgique, notamment en matière de politique énergétique (en particulier si la fermeture de 2 réacteurs nucléaires devait être confirmée)
  3. déterminer les ressources locales et les enjeux environnementaux liés l’exploitation de ces (éventuelles) ressources.

Le lecteur intéressé trouvera plus de développements dans la note jointe.

Combien y a-t-il de « Tanguy » en Belgique ?

août 8th, 2012

Tout le monde a entendu parler des « Tanguy ». « Le phénomène Tanguy désigne un phénomène social selon lequel les jeunes adultes tardent se séparer du domicile familial ou y reviennent après l’avoir précédemment quitté. Cette dénomination vient du film Tanguy, d’Étienne Chatiliez, dont le personnage éponyme s’enferme dans ce type de situation. »

La dernière note de l’Institut pour un Développement Durable vise quantifier et commenter l’ampleur de ce phénomène en Belgique.
Cliquez ici pour la télécharger.

RIO+20 en Belgique : Quelques points de repère

juin 20th, 2012

Le bilan Rio+20 est globalement au mieux insuffisant, au pire (très) inquiétant. De récents et nombreux rapports suscitent une inquiétude justifiée. Alors que de nombreuses problématiques sociales ‘aggravent ou sont loin d’être résolues, le risque environnemental semble avoir été sous-estimé, dans son importance et dans sa rapidité produire ses effets, le tout dans un contexte de crise où la durabilité économique et financière de notre système aussi est menacée.

Dans cette perspective, la dernière étude de l’ Institut pour un Développement Durable présente et commente brièvement quelques indicateurs pour la Belgique. On y a privilégié la production de séries les plus longues possibles pour mesurer le mieux possible contraintes et progrès éventuels.

    Ces indicateurs sont :

  1. Des indicateurs de contexte :
    • la population totale
    • a taille moyenne des ménages
    • le revenu national brut par tête
    • le pouvoir d’achat énergétique
  2. Des indicateurs de l’empreinte écologique :
    • la consommation énergétique des ménages ( domicile)
    • la mobilité routière
    • les déchets d’emballages ménagers
    • l’empreinte du secteur résidentiel
    • la consommation de viande bovine
  3. Un indicateur social : le taux de chômage

Quelles sont les principales évolutions constatées ?

  • la population belge continue d’augmenter et la taille moyenne des ménages de baisser ; comportements inchangés, l’empreinte écologique est donc poussée la hausse
  • le taux de croissance tendanciel du revenu national brut par habitant décline depuis le début des années 90
  • le pouvoir d’achat énergétique des ménages décline lui aussi, mais partir de 2005 la consommation énergétique des ménages est donc fort logiquement orientée la baisse depuis la même date et est aujourd’hui inférieure ce qu’elle était lors des accords de Rio
  • le nombre de km parcourus par les voitures continue d’augmenter : la stabilisation du kilométrage moyen par voiture a été plus que « compensée » par une hausse tendancielle du parc de voitures
  • la production totale de déchets d’emballages ménagers continue d’augmenter, malgré une stagnation de la production par habitant
  • la surface du territoire occupée par le résidentiel continue d’augmenter
  • la consommation de viande bovine, responsable d’une importante production de gaz effet de serre, est en retrait depuis 2001
  • enfin, le taux de chômage fluctue depuis une trentaine d’années autour de 10-11%.

L’image globale qui se dégage de l’évolution de ces différents indicateurs est peu encourageante : les progrès sont rares et, en tout état de cause, insuffisants par rapport l’ampleur des défis.

Qui plus est, on peut penser que certains progrès sont moins le résultat d’une réelle prise de conscience que de la dégradation du pouvoir d’achat énergétique

Plus de développements dans la note jointe.

Niveaux de prix et niveaux de vie. Une comparaison européenne

mai 10th, 2012

En février 2011 le SPF Economie rendait publique une étude intitulée « Niveau de prix dans les ­permarchés ». Cette étude avait pour objectif principal « d’identifier les causes des différences in­ternationales de prix et, le cas échéant, de proposer des actions en vue de réduire ces différences de prix ». Cette mission a été confiée la Direction générale de la Concurrence du SPF Economie.

C’est le résultat suivant de cette étude qui a surtout retenu l’attention des commentateurs et ana­lystes : « Il ressort de notre analyse (…) que des produits identiques sont sensiblement plus chers en Belgique que chez nos voisins. Selon les données récoltées, des produits identiques (…) coûteraient :

– 10,4% de plus en Belgique qu’aux Pays-Bas (…) ;

– 10,6 % de plus en Belgique qu’en Allemagne (…) ;

– 7,0 % de plus en Belgique qu’en France (…). »

Même si elle est intéressante, l’étude du SPF Economie ne tient cependant pas compte

– des autres consommations : logement, énergie, santé, loisirs…

– des pondérations variables d’un pays l’autre en matière de consommation alimentaire mais aussi de l’ensemble des postes de consommation (variabilité socioculturelle et socioé­conomique)

– du niveau de vie : beaucoup de consommateurs, peut-on supposer, accepteraient de payer des prix norvégiens condition de disposer du même niveau de vie moyen (plus élevé que celui de la Belgique).

Tenant compte de ces considérations, la dernière étude de l’Institut pour un Développement Durable se propose de compléter et prolonger l’approche adop­tée par le SPF Economie en tenant compte de toutes les consommations, pondérées en fonction des choix et habitudes nationales. J’en ai profité pour élargir la comparaison internationale 10 pays (Allemagne, Autriche, Danemark, Espagne, Finlande, France, Italie, Norvège, Pays-Bas et Royaume-Uni) et la moyenne de la zone Euro.

Commençons par quelques constats :

1. Les écarts de prix mesurés sur base des Parités de pouvoir d’achat apparaissent pour les produits alimentaires (y compris les alcools) moins élevés que ceux mis en évidence par l’étude du SPF Economie entre la Belgique d’une part et l’Allemagne et la France d’autre part. L’écart est par contre plus élevé encore avec les Pays-Bas. Si on élargit l’échantillon de pays qui servent de point de comparaison et les catégories de consommation considérées, on constate

> en ce qui concerne les consommations alimentaires que

– la Norvège est incontestablement le champion de la vie chère ; elle arrive en tête de classement pour quasiment toutes les catégories de produits alimen­taires

– l’Espagne est au total le pays globalement le moins cher mais n’est le meilleur marché qu’en matière de viande et de boissons alcoolisées

– si c’était possible, l’idéal pour un consommateur européen serait, en considé­rant les pays retenus pour la comparaison, d’acheter pain et poisson au Royaume-Uni, viande et alcools en Espagne, lait, fromage, œufs, huiles et graisses aux Pays-Bas et fruits, légumes et boissons non alcoolisées en Italie.

> en ce qui concerne les autres consommations que

– le classement est plus diversifié ; c’est normal, puisqu’il y a ici la fois des biens (dont les niveaux de prix sont très dépendants du niveau de taxation et de l’ouverture économique) et des services (plus dépendants des coûts sala­riaux nationaux)

– le Royaume-Uni est le pays le moins cher pour le logement (y compris l’ameublement), l’Espagne l’est pour la santé, le transport, les loisirs et la culture et l’HORECA, la Finlande pour le poste communication et l’Allemagne pour l’enseignement.

2. En ce qui concerne les consommations énergétiques domestiques, les données euro­péennes confirment que les niveaux des prix de l’électricité et du gaz sont relativement élevés en Belgique (en matière d’électricité par exemple seuls les allemands et les danois paient plus que nous) mais qu’en outre les prix ont eu tendance augmenter plus en Bel­gique que dans les autres pays considérés.

3. Les données rassemblées par notre étude ont montré tout l’intérêt de ne pas réduire l’analyse aux seuls achats en supermarchés. Dans une vision élargie de la consommation il faut tenir compte non seulement de la dépense de consommation totale qui est supportée directe­ment par les ménages (achats alimentaires, énergie, loyers, ticket modérateur en matière de sois de santé, assurances…) mais aussi de la consommation individualisable des admi­nistrations publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages. Ces dé­penses concernent notamment et principalement l’éducation, la santé, la culture et le loge­ment.

4. Les données utilisées permettent aussi de calculer les niveaux de vie relatifs (ni­veaux de vie matériels s’entend !). Si l’on ne tient compte que de la consommation directe des ménages, la Belgique se trouve en milieu de classement des pays repris dans l’échan­tillon. Par contre si l’on tient compte de la consommation globale – c’est- -dire en ajoutant la consommation directe des ménages les dépenses individualisables des ISBL et pou­voirs publics – la Belgique se retrouve en 9ème position sur 11 pays.

5. Mais, même si on s’en tient une approche strictement matérielle du niveau de vie, il ne faut pas seulement examiner le volet consommation (directe ou globale) mais également la satisfaction apportée par l’épargne (brute) des ménages et ce qu’elle implique sur le taux d’endettement brut et l’accumulation d’actifs financiers. De ce point de vue on peut émettre l’hypothèse que les ménages belges compensent ainsi leur moindre niveau de vie matériel par rapport certains pays. Ils ont en effet un taux d’épargne élevé, un taux d’endettement faible et ont accumulé beaucoup d’actifs financiers !

Terminons par quelques considérations :

1. Rappelons d’abord, avec insistance, que les données statistiques utilisées dans cette ana­lyse doivent être considérées comme des ordres de grandeur. Les résultats peuvent aussi être influencés par la conjoncture et autres programmes d’austérité.

2. Il faut évidemment s’interdire des considérations simplistes. Les modèles nationaux sont faits d’interdépendances, souvent complexes. On ne peut isoler certaines dimensions plus « sympathiques » en oubliant le reste !

3. Un certain nombre de pays, en particulier ceux qui nous entourent, ont un niveau de vie tous comptes faits proche du notre. Les niveaux de vie se trouvent dans un mouchoir de poche, a fortiori si on intègre les différences en matière d’épargne et d’endettement. Ceci tend relativiser quelque peu les (parfois importantes) différences de prix entre pays ob­servées par ailleurs.

4. On n’insistera jamais assez sur l’importance d’intégrer dans les comparaisons internatio­nales (mais aussi dans le temps) la partie de la consommation des ménages qui est « socia­lisée ». Cette dimension est pourtant souvent négligée. Or elle tend caractériser les diffé­rents modèles nationaux au moins autant que les différences (niveaux de prix et structure) de la consommation généralement considérée.

5. Enfin, comme l’ont montré d’autres études, au niveau de vie matériel atteint par beaucoup de pays européens ce sont d’autres dimensions de la vie en société qui expliquent l’essen­tiel des différences en matière du bonheur ou de la satisfaction.

Vous trouverez plus de précisions dans la note ci-contre.

A l’orée d’une année difficile

février 12th, 2012

Les toutes récentes Perspectives du Bureau du Plan viennent de confirmer que l’année 2012 sera une année difficile sur le plan socioéconomique.

En ce début d’année, la dernière publication de l’Institut pour un Développement Durable fait le point sur sur l’évolution tendancielle de quatre indicateurs cruciaux sur le plan social, savoir :
– les revenus et le pouvoir d’achat,
– les prix,
– le chômage,
– le marché du travail des jeunes.

Le lecteur intéressé trouvera graphiques et commentaires dans la note jointe.

Permettez-moi ici de mettre en avant les principaux enseignements:

1. Le pouvoir d’achat moyen a atteint un maximum historique en 2009 et est en recul depuis lors. En 2012 le pouvoir d’achat par tête sera de 3% inférieur ce qu’il était en 2009.

2. Malgré les hausses hors-index dont elles ont bénéficié (c’est ce qu’on appelle la liaison au bien-être), le pouvoir d’achat des allocations minimales stagne depuis 10 ans.

3. La raison principale de cette stagnation du pouvoir d’achat des allocations minimales est trouver dans l’évolution plus rapide des prix pour les ménages concernés. En effet, entre 2000 et 2012, les prix des loyers, de l’alimentation et de l’énergie (chauffage et éclairage) ont augmenté plus vite que l’indice global. Or ces produits et services représentent jusqu’ 80% (voire plus parfois) du budget des ménages petits revenus.

4. Au total, entre 2000 et 2012, le coût de la vie a augmenté de 31% pour le consommateur moyen mais de 45% pour les ménages petits revenus qui sont locataires.

5. Pour la population active salarié, le taux de chômage devrait en 2012 s’élever un peu moins de 13%. Le taux de sous-emploi devrait lui être de 19%.

NB : Le taux de sous-emploi tient compte, en plus des demandeurs d’emploi inoccupés, des travailleurs temps partiel involontaires et du chômage temporaire ; il se mesure en volumes d’heures.

6. L’évolution du taux de chômage et de sous-emploi au cours depuis 2000 a été considérablement « flattée » par la « sortie » de nombreuses personnes de la population active, en particulier entre 2005 et 2010.

Les catégories concernées sont :
– les étudiants de plein exercice
– les chômeurs complets en formation professionnelle
– les invalides
– les prépensions conventionnelles temps plein
– les chômeurs âgés non demandeurs d’emploi
– et les personnes en interruption complète de carrière.

Au total, en 2012, ces 6 catégories représentent un peu plus de 1 million de personnes – en augmentation de 164.000 unités entre 2000 et 2012. Le total des personnes « sorties » devrait représenter 15% de la population des 18-64 ans en 2012.

7. En ce qui concerne le marché du travail des jeunes, trois conclusions ressortent des données disponibles :
– le taux de chômage en 2011 est supérieur celui enregistré avant la récession de 2009-2010
– la baisse tendancielle – au demeurant très modeste – du taux de chômage des jeunes entre 2005 et 2011 est attribuable la baisse de la population active, plus rapide que celle de l’emploi
– la proportion d’emplois jeunes soutenus par la sécurité sociale a considérablement augmenté sur la période considérée ; en effet, l’emploi activé a représenté en 2011 environ 8% de l’emploi salarié contre 1,2% en 2005.