Ménages et logements en Wallonie – Un exercice prospectif 2013-2026

La publication en 2008 par le Bureau fédéral du plan des perspectives démographiques 2007-2061 a suscité l’étonnement de nombreux observateurs et citoyens. Elles annonçaient en effet une augmentation de la population qui a surpris dans la mesure où très nombreux étaient ceux qui n’avaient pas pris conscience de l’importance des flux migratoires, notamment en provenance du continent européen.

Depuis lors, deux reprises, le Bureau fédéral du Plan a revu la baisse l’augmentation de population wallonne, même si elle reste importante. Les Perspectives démographiques 2011-2061 prévoient ainsi une augmentation de la population wallonne de 250.000 personnes entre 2013 et 2026.

Dans cette perspective, la dernière note de l’Institut pour un Développement Durable a pour objectif de mesurer l’impact de l’augmentation de la population sur le nombre de ménages et sur l’activité dans la construction résidentielle.

Les ménages

La taille moyenne des ménages baisse depuis longtemps. Depuis 1991, la taille moyenne des ménages privés est passée, en Wallonie de 2,49 2,29 personnes/ménage.

L’analyse de l’Institut pour un Développement Durable conduit penser que la taille moyenne des ménages va continuer baisser, mais moins vite qu’avant. Pour débroussailler les perspectives des années venir, on a développé trois scénarios d’évolution de la taille moyenne des ménages.

Le scénario moyen, qui résume ces trois scénarios, envisage que la taille moyenne des ménages passerait de 2,28 2,24 personnes/ménage entre 2013 et 2026.

Peuvent expliquer une baisse ralentie de la taille des ménages :

  • des perspectives socio-économiques moins souriantes, qui font, par exemple, que de jeunes adultes restent plus longtemps dans le logement familial
  • l’augmentation du coût du logement
  • l’évolution des mœurs et représentations en matière de logement (co-locations, accueil familial de personnes âgées…)
  • le vieillissement socio-démographique qui, la fois, augmentera le nombre de personnes se retrouvant seules mais en même temps incitera certaines personnes seules se regrouper ; c’est ainsi, par exemple, que l’on voit aujourd’hui des personnes d’une cinquantaine d’années retourner, pour diverses raisons, chez leurs parents ou un des deux parents.

Ceci implique, dans le scénario moyen, que le nombre de ménages augmenterait de 161.000 entre 2011 et 2026 alors que l’IWEPS prévoyait lui, mais sur base d’autres projections démographiques, une hausse de 201.000 du nombre de ménages sur la même période.

L’activité dans la construction résidentielle

Toutes choses égales par ailleurs il faudra des logements supplémentaires pour abriter ces ménages (constructions totalement neuves ou utilisation de bâtiments existants : reconversion d’anciens bureaux ou bâtiments industriels, « découpage » de logements existants, etc.).

Dans un premier temps, l’Institut pour un Développement Durable a fait l’hypothèse que tous les nouveaux logements nécessaires seraient couverts par de nouvelles constructions. Malgré l’augmentation du nombre de ménages, cette hypothèse débouche – dans le scénario moyen – sur un recul d’environ 5% de l’activité dans la construction résidentielle par rapport l’activité observée pendant la période 2000-2013.

Chiffres-clé – scénario moyen

Nombre de ménages – croissance annuelle moyenne

2000-2013 : + 12.700 2014-2026 : + 10.700

Mises en chantier de logements neufs – moyenne annuelle

2000-2013 : 11.700 2014-2026 : 11.100

Certes, ce scénario présente des variantes et divers impondérables peuvent augmenter ou diminuer le nombre de logements mis en chantier. Mais, au total, je pense que le scénario le plus probable pour les années venir implique

- une baisse ralentie de la taille moyenne des ménages,

- une augmentation ralentie du nombre de ménages

- une baisse de l’activité annuelle moyenne dans la construction de nouveaux logements par rapport la moyenne annuelle observée entre 2000 et 2013,

- une baisse structurelle de la superficie moyenne des logements (plus de logements pour 1 ou 2 personnes – par exemple les résidences-service – et baisse générale liée aux contraintes financières des ménages et aux coûts de construction).

Plus encore qu’aujourd’hui il faudra donc stimuler la rénovation et la modernisation énergétique du stock existant de logements, la fois pour soutenir l’activité dans le secteur et accélérer l’adaptation du parc de logements au défi énergétique. L’Alliance Emploi-Environnement devra donc d’une manière ou d’une autre être prolongée, ne serait-ce que pour maintenir un niveau d’activité satisfaisant dans le secteur de la construction résidentielle.

L’exercice prospectif de l’Institut pour un Développement Durable constitue un point de départ plus qu’une conclusion, encore moins une conclusion « définitive ».

De nombreuses questions doivent être explorées plus avant pour mieux évaluer la dynamique logements/ménages et l’ampleur et les caractéristiques des demandes qui seront adressées au secteur de la construction résidentielle. Les réponses ces questions permettront de mieux calibrer la politique du logement.

En voici quelques-unes de questions :

  1. Quelle est l’articulation entre l’évolution du nombre de ménages et celle du nombre de logements ? Par exemple, le manque de logements un prix abordable tend-t-il réduire la constitution de nouveaux ménages ?
  2. Quel est l’impact des flux migratoires sur l’évolution de la taille moyenne des ménages et sur la demande résidentielle (location ou achat, taille et nature des logements…) ?
  3. Comment rencontrer au mieux les besoins en forte hausse des personnes seules ? Par exemple comment rencontrer les besoins de jeunes quand ils sont seuls en début de vie active ? Autre exemple : comment inciter plus de personnes âgées seules occuper (volontairement) de plus petits espaces, surtout quand la charge (entretien et réparations) de leur logement devient trop lourde, soit en migrant vers des résidences-services (ou formules équivalentes) soit en accueillant dans leur logement devenu trop grand d’autres personnes ?
  4. Comment va évoluer la taille moyenne des logements ? Quelle est la part de contrainte et quelle est la part de, par exemple, la recherche d’une plus grande sobriété ?
  5. Comment évolueront et seront rencontrés les besoins de catégories spécifiques : étudiants (notamment étrangers), personnes âgées dépendantes… ? La manière dont ces besoins seront rencontrés influencera notamment le taux d’utilisation du stock de logements existants et le besoin de nouveaux logements.
  6. Quelle est le nombre et la localisation des bâtiments autres que des logements susceptibles d’être transformés en tout ou en partie en logements ?
  7. Comment maîtriser mieux les coûts de construction ? En particulier pour les maîtres d’œuvre tenus par des marchés publics comment réduire le surcoût qui semble lié cette procédure ? Comment aussi maîtriser le coût du foncier ? Comment notamment optimaliser l’occupation des « friches » urbaines ?
  8. Comment faire évoluer le dispositif de prise en gestion de logements inoccupés pour le rendre plus efficace et plus rapide mettre en œuvre ?
  9. Quelles sont les éventuelles différences sous-régionales en matière de rencontre entre l’offre et la demande de logements ?

Pour ce qui est de l’effort spécifique des pouvoirs publics dans l’offre de logements, il existe d’autres moyens que l’investissement direct pour rencontrer l’objectif (minimal) de 10% de logements publics, notamment l’imposition de charges urbanistiques et la prise en gestion par des agences immobilières sociales ou autres institutions.

Il est temps, en Wallonie, d’arrêter de confondre logements publics et logements sociaux. S’il faut, pour les ménages petits revenus, un parc de logements aux loyers fortement réduits, on peut aussi imaginer la mise en place d’un parc de logements publics loyers modérés, qui aurait l’avantage de peser moins sur les finances publiques tout en allégeant la charge du loyer dans les budgets des ménages revenus moyens. Le développement d’un tel parc serait d’autant plus important que l’accès un logement un prix correct restera difficile dans certaines zones et/ou pour certains types de ménages, en particulier les personnes seules.

Ces quelques éléments d’une prospective dont l’objectif est avant tout de lancer la discussion pourront, je l’espère, contribuer orienter le mieux possible l’utilisation des compétences et l’activation des moyens budgétaires dont la Wallonie va bientôt hériter en matière de logement.

Voir le texte complet en cliquant ici …

One Response to “Ménages et logements en Wallonie – Un exercice prospectif 2013-2026”

  1. calonne dit :

    Bonjour, je partage la grande totalité des éléments repris dans cette étude.
    Nos propres travaux aboutissement au même conclusions et répondent plusieurs des questions énoncées; Par contre je poserai deux bémols :

    – Pourquoi ne pas se poser la vrai question « coût global » . Une grande partie de notre patrimoine est indigne, mal divisé, ma entretenu et ne répondant pas au normes de circulations modernes. Quel intérêt de dépenser des sommes importantes sa rénovation. Celle-ci sera difficile, complexe et ne pourra en général qu’atteindre une plus faible performance. Nous connaissons tous les soucis de mobilité que présente notre pays, pourquoi ne pas être proactif et détruire la partie la plus dégradée? Les performances énergétiques et la redensification permettront de compenser le surcoût, la base sera plus saine et une politique énergétique solidaire pourrait être mise en place.

    – Les tarifs de constructions peuvent être bien plus bas, et d’autres montages financiers existent pour éviter le subventionnement public Comment expliquez vous que des opérations publiques sont réalisées 1800€/m² alors que des opérations privées de même performance peuvent être réalisées 1100 ou 1200€ m² et que des plans sociaux massifs soient possibles 900€/m²? Des entreprises de plus petites tailles proposent même des tarifs inférieurs pour des projets unitaires, en 4 façades.

    Bonne jounée

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