La fiscalité immobilière en Wallonie : dépasser la Déclaration de politique régionale

novembre 10th, 2019

Le numéro 3 de la série Aire Libre est consacré à un texte d’opinion sur la fiscalité immobilière wallonne.

En résumé :

  1. Pour renforcer rapidement la qualité énergétique du bâti wallon il faut passer par l’obligation d’une mise aux normes lors de chaque changement de propriétaire plutôt que par des incitations fiscales.
  2. Il faut soutenir financièrement les ménages à qui des travaux énergétiques sont imposés, mais en fonction de leur revenus. Un système de primes est plus facile à mettre en œuvre que diverses dépenses fiscales.
  3. Pour faciliter la mobilité résidentielle il faut abaisser d’avantage les droits d’enregistrement sur le seul logement occupé par son propriétaire.
  4. Pour diverses raisons, de financement des politiques publiques et d’efficacité, il faut mettre fin aux régimes du bonus-logement et du chèque-habitat et renoncer à d’autres cadeaux fiscaux inutiles, en particulier la baisse forfaitaire du précompte immobilier.
  5. Enfin, il faut lancer une réflexion en vue d’un meilleur équilibre, pour les ménages comme pour la collectivité, entre le régime fiscal du neuf et le régime fiscal de l’ancien. Il faut le faire sur base de critères écologiques et économiques et tenir compte de ce qu’il faut à la fois privilégier la rénovation du bâti existant mais qu’il faut aussi produire du neuf pour loger tout le monde.

Voici cette note.

Évaluer la mise en œuvre de la Déclaration politique Wallonie 2019-2024 : premières réflexions et propositions

septembre 22nd, 2019

La p.6 de la Déclaration de politique Wallonie 2019-2024 annonce la mise en place d’un Haut Conseil Stratégique (HCS) : « Un Haut Conseil Stratégique (HCS), interdisciplinaire et composé d’experts scientifiques indépendants, sera mis en place afin d’accompagner le Gouvernement dans la réalisation de ses objectifs fondamentaux :

– La réduction de 55% des GES à l’horizon 2030 par rapport à 1990 ;
– L’amélioration du taux d’emploi de 5% à l’horizon 2025 ;
– La réduction du taux de pauvreté.Le Haut Conseil élaborera des indicateurs permettant d’examiner la réduction des gaz à effet de serre, l’amélioration du taux d’emploi et la réduction de la pauvreté. »

Dans cette perspective, cette nouvelle analyse de l’Institut pour un Développement Durable propose une série de réflexions et propositions. Elle le fait pour cinq dimensions de la Déclaration de politique Wallonie : les émissions de gaz à effet de serre (GES), le taux d’emploi des 20-64 ans, le taux de pauvreté, les 3 objectifs principaux évoqués ci-dessus ; ont été ajoutées deux dimensions, le parc de logements publics et les besoins en soutiens aux personnes âgées, tant ces deux politiques sont liées aux ambitions climatiques et sociales.

Cette note est plus qu’une note de travail mais n’est pas non plus un document « définitif ».

En effet il reste beaucoup de travail à faire, tant dans la définition plus précise des objectifs que dans le choix des indicateurs et de leurs spécifications techniques.

Mais quelques grandes conclusions apparaissent dès maintenant : certains objectifs doivent être (mieux) définis, il faut accélérer la production et la mise à disposition des données statistiques, il faut aussi diversifier les sources, combiner des données administratives et des résultats d’enquêtes et, pour certaines politiques, élaborer des indicateurs « précurseurs ».

Les réflexions et propositions de l’Institut pour un Développement Durable – contenues dans la note jointe – se veulent un premier apport à un débat qui s’annonce passionnant ; il le sera d’autant plus qu’il sera ouvert en associant tous les acteurs concernés, y compris l’opposition.

 

Le bonheur des Belges – Het geluk van de Belgen

septembre 15th, 2019

(tekst in het nederlands hieronder)

LE BONHEUR DES BELGES

Introduction

« Dans l’ensemble, dans quelle mesure êtes-vous satisfait de votre vie actuelle ? »
« Tout bien considéré, dans quelle mesure diriez-vous que vous êtes heureux ? »

Voici les scores moyens des réponses des Belges à ces deux questions, scores détaillés par genre.

Mais la présente analyse de l’Institut pour un Développement Durable propose bien d’autres résultats quant au bien-être des Belges. En voici l’essentiel.

Le bonheur des Belges : quelques indicateurs essentiels

Le niveau moyen de satisfaction ou de bonheur varie en fonction de diverses caractéristiques des individus au sein d’un pays donné. C’est ainsi que :

  • les niveaux de satisfaction de vie et de bonheur baissent à partir de l’entrée dans la vie active pour remonter à l’âge de la retraite ; la satisfaction et le bonheur en particulier se tassent cependant chez les plus âgés (75 ans et plus) ;
  • les niveaux de satisfaction et de bonheur augmentent avec les revenus
  • les personnes qui vivent seules sont moins satisfaites et moins heureuses que les personnes vivant à plusieurs ; les personnes vivant dans de très grands ménages (5 personnes ou plus) semblent particulièrement heureuses ;
  • les scores de satisfaction de vie et de bonheur en Wallonie sont inférieurs à ceux de la Flandre ; les différences entre la Wallonie et Bruxelles sont faibles.

Le bonheur des Belges : des mises en perspective

Les études sur le bien-être essayent de mettre en valeur des « déterminants » du niveau de satisfaction de vie ou de bonheur. Voici quelques mises en perspective : Ont tendance à être plus satisfaites de la vie et plus heureuses les personnes

  • qui font plutôt confiance aux autres
  • qui estiment que la plupart des gens essaient de rester corrects plutôt que d’en profiter
  • qui estiment que les gens (les autres) essaient d’être utiles plutôt que de se préoccuper (le plus souvent) d’eux-mêmes
  • qui ont – en dehors du travail – beaucoup de contacts sociaux
  • qui estiment participer à beaucoup d’activités sociales comparativement à des personnes du même âge
  • qui estiment être en bonne santé
  • qui se déclarent être de droite plus que celles qui se déclarent de gauche
  • qui font confiance aux hommes et femmes politiques
  • qui ont confiance en la justice
  • qui estiment que la démocratie en Belgique fonctionne plutôt bien.
  • qui estiment bon l’état des services de santé en Belgique
  • qui estiment que leur revenu actuel leur permet de « bien » vivre.

Attention : en matière de satisfaction de vie et de bonheur il est difficile d’établir des causalités, les influences éventuelles pouvant être bi-directionnelles. Illustrations : est-on satisfait/heureux parce qu’on fait confiance aux autres ou a-t-on tendance à faire confiance aux autres parce qu’on est satisfait/heureux ? ; est-on satisfait/heureux parce qu’on a beaucoup d’activités sociales ou a-t-on beaucoup d’activités sociales parce qu’on est satisfait/heureux ? ; être satisfait ou heureux ne conduit-il pas à plus facilement estimer que son revenu est « confortable » tout comme on peut supposer qu’un revenu jugé « confortable » influence positivement la satisfaction de vie et le bonheur ?

Le bonheur des Belges : la dimension régionale

Les niveaux de satisfaction de vie et de bonheur moyens sont en Wallonie significativement inférieurs à ceux observés en Flandre. Voici observations à cet égard :

  • Les wallons sont moins enclins que les flamands et les bruxellois à faire confiance aux autres.
  • Les flamands pensent plus que les wallons et les bruxellois que des gens essaient de rester corrects plutôt que d’en profiter ; ils sont également plus tentés de penser que les gens cherchent à être utiles plutôt que de (seulement) se préoccuper d’eux-mêmes.
  • En matière d’intensité des relations sociales et des activités sociales, il n’y a pas vraiment de différences entre les régions.
  • Pour ce qui est de la santé subjective, pas de différence entre les flamands et les wallons tandis que les bruxellois s’estiment en moyenne un peu plus en bonne santé.
  • Sans surprise, les wallons sont en moyenne plus à gauche que les flamands mais un tout petit moins que les bruxellois.
  • Les wallons ont tendance à faire moins confiance que les bruxellois et les flamands dans les politiciens et dans la justice.
  • Les wallons sont moins satisfaits que les flamands et que les bruxellois en la démocratie et en le système de santé.
  • Enfin, les wallons et les bruxellois jugent leurs revenus en moyens plus insuffisants que les flamands.

*                 *                  *

Soulignons pour conclure la valeur ajoutée de cette étude par rapport à d’autres qui traitent également du bien-être :

  1. Un échantillon d’excellente qualité.
  2. Un échantillon de près de 6.000 répondants.
  3. Une approche conjointe des indicateurs « satisfaction de vie » et « bonheur »
  4. Un approfondissement de la dimension régionale.

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Le lecteur intéressé trouvera plus d’informations dans la note de synthèse jointe. Une note plus complète – avec les références et plus d’informations quantitatives – est également disponible.

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HET GELUK VAN DE BELGEN

Inleiding

« Alles bij elkaar genomen, hoe tevreden bent u vandaag de dag met uw leven over het algemeen? »
« Alles bij elkaar genomen, hoe gelukkig zou u zeggen dat u bent? »

Hier zijn de gemiddelde scores van de antwoorden van de Belgen op deze twee vragen, gedetailleerd per geslacht.

Maar deze analyse van het Instituut voor Duurzame Ontwikkeling biedt nog vele andere resultaten over het welzijn van de Belgen. Hier is het grootste deel ervan.

Het geluk van de Belgen: een aantal essentiële indicatoren

Het gemiddelde niveau van tevredenheid of geluk varieert naar gelang van de verschillende kenmerken van individuen in een bepaald land. Dat is hoe:

  • de tevredenheid en het geluk in het leven nemen af vanaf het moment dat mensen de arbeidsmarkt betreden tot aan de pensioengerechtigde leeftijd; met name de tevredenheid en het geluk nemen echter af bij ouderen (75 jaar en ouder);
  • de tevredenheid en het geluk nemen toe met het inkomen
  • alleenstaanden zijn minder tevreden en minder gelukkig dan mensen die samenwonen; mensen die in zeer grote huishoudens (5 of meer mensen) wonen, lijken bijzonder gelukkig;
  • de levenstevredenheid en geluksscores in Wallonië zijn lager dan in Vlaanderen; de verschillen tussen Wallonië en Brussel zijn klein.

Het geluk van de Belgen: enkele « determinanten »

Welzijnsstudies proberen de « determinanten » van de mate van levenstevredenheid of geluk te benadrukken. Hier zijn enkele perspectieven: neigen naar meer tevredenheid over het leven en gelukkiger mensen

  • die liever anderen vertrouwen
  • die geloven dat de meeste mensen proberen correct te blijven in plaats van er gebruik van te maken
  • die menen dat mensen (de anderen) nuttiger zijn dan (meestal) bezorgd om zichzelf
  • die – buiten het werk – veel sociale contacten hebben
  • die het gevoel hebben dat ze deelnemen aan veel sociale activiteiten in vergelijking met mensen van dezelfde leeftijd
  • die geloven dat ze in goede gezondheid verkeren
  • die beweren meer rechts te zijn dan degenen die beweren links te zijn
  • die vertrouwen hebben in politici
  • die vertrouwen hebben in het rechtssysteem?
  • die geloven dat de democratie in België vrij goed werkt
  • die de toestand van de gezondheidsdiensten in België als goed beschouwen
  • die het gevoel hebben dat hun huidige inkomen « confortabel » zijn.

Let op: in termen van levenstevredenheid en geluk is het moeilijk om causaliteiten vast te stellen, aangezien mogelijke invloeden tweerichtingsverkeer kunnen zijn. Illustraties: zijn we tevreden/gelukkig omdat we anderen vertrouwen of hebben we de neiging om anderen te vertrouwen omdat we tevreden/gelukkig zijn; zijn we tevreden omdat we veel sociale activiteiten hebben of hebben we veel sociale activiteiten omdat we tevreden/gelukkig zijn; maakt het niet tevreden of gelukkig zijn het makkelijker om in te schatten dat ons inkomen « comfortabel » is, net zoals we kunnen veronderstellen dat een inkomen dat als « comfortabel » wordt beschouwd een positieve invloed heeft op de levenstevredenheid en het geluk?

Het geluk van de Belgen: de gewestelijke dimensie

De gemiddelde niveaus van levenstevredenheid en geluk zijn in Wallonië beduidend lager dan in Vlaanderen. Hier zijn enkele opmerkingen in dit verband:

  • Walen zijn minder geneigd dan Vlamingen en Brussel om anderen te vertrouwen.
  • Vlamingen denken meer dan Walen en Brussel dat mensen proberen correct te blijven in plaats van er gebruik van te maken; ze zijn ook meer geneigd te denken dat mensen proberen nuttig te zijn in plaats van (meestal) voor zichzelf te zorgen.
  • Wat de intensiteit van de sociale betrekkingen en sociale activiteiten betreft, zijn er geen echte verschillen tussen de regio’s.
  • Wat de subjectieve gezondheid betreft, is er geen verschil tussen Vlamingen en Walen, terwijl de Brusselaars zichzelf gemiddeld iets gezonder vinden.
  • De Walen zijn dan ook gemiddeld meer links dan de Vlamingen, maar iets minder dan de Brusselaars.
  • Walen hebben over het algemeen minder vertrouwen in politici en het rechtsysteem dan Brusselaars en Vlamingen.
  • Walen zijn minder tevreden dan Vlamingen en Brusselaars over de democratie en de gezondheidszorg dan Vlamingen en Brusselaars.
  • Tot slot vinden de Walen en Brusselaars hun inkomsten minder confortabel dan die van Vlaanderen.

*                 *                  *

Tot slot is het vermeldenswaard dat deze studie een toegevoegde waarde heeft ten opzichte van andere studies die ook betrekking hebben op welzijn:

  1. Een steekproefvan uitstekende kwaliteit.
  2. Een steekproef van bijna 6.000 respondenten.
  3. Een gezamenlijke aanpak van de indicatoren « levenstevredenheid » en « geluk ».
  4. Een verdieping van de regionale dimensie.

*                 *                  *

De geïnteresseerde lezer vindt meer informatie in de toegevoegde samenvatting. Een meer volledige nota – met referenties en meer kwantitatieve informatie – is ook beschikbaar.

Des études comme outil de relations publiques des entreprises

août 28th, 2019

De plus en plus d’entreprises privées publient les résultats d’enquêtes qu’elles commandent ou d’analyses basées sur l’information dont elles disposent en interne.

Ces études pourraient contribuer à améliorer la connaissance de notre sociétés et de son fonctionnement ; elles se révèlent en fin de compte souvent peu convaincantes.

Le second article dans la rubrique « Aire libre » est disponible ici.

Une majorité de belges en faveur d’un revenu de base

août 16th, 2019

(Nederlandse vertaling hieronder)

59% des belges sont favorables à un revenu de base ; 7% y sont même très favorables. C’est là le principal résultat d’une enquête dont l’Institut pour un Développement Durable vient de prendre connaissance.

D’autres résultats :

  • y sont plus favorables les jeunes (63%) que les aînés (55%) et les revenus petits et modestes (64%) que les revenus supérieurs (53%)
  • les Bruxellois sont très favorables à un revenu de base (77%), plus que les Wallons (64%) et que les Flamands (53%)
  • les gens qui se déclarent de gauche sont plus favorables à l’idée d’un revenu de base (68%) que ceux qui se déclarent de droite (51%) ; au centre ils sont 57% à adhérer à l’idée
  • ceux et celles qui estiment que le gouvernement doit réduire les différences de niveaux de revenus y sont plus favorables (61%) que ceux et celles qui ne le pensent pas (49%).

D’autres résultats dans la note jointe.

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Een meerderheid van de Belgen voor een basisinkomen

59% van de Belgen is voorstander van een basisinkomen; 7% is zelfs zeer positief. Dit is het belangrijkste resultaat van een onderzoek dat het Instituut voor Duurzame Ontwikkeling zojuist heeft ontvangen.

Andere resultaten:

  • jongeren (63%) zijn gunstiger dan ouderen (55%) en kleine en bescheiden inkomens (64%) dan hogere inkomens (53%)
  • de Brusselaars zijn sterk voorstander van een basisinkomen (77%), meer dan de Walen (64%) en de Vlamingen (53%
  • mensen die zich links verklaren, zijn gunstiger voor het idee van een basisinkomen (68%) dan degenen die zich rechts verklaren (51%); in het centrum zijn ze 57% om zich aan het idee te houden
  • degenen die vinden dat de overheid de inkomensverschillen moet verminderen, zijn gunstiger (61%) dan degenen die dat niet doen (49%).

Meer resultaten in de bijgevoegde nota.

La question du quatrième colibri

août 2nd, 2019

En 2007, Pierre Rabhi créait, avec d’autres, le mouvement des « colibris » en vue d’inciter chaque citoyen à « faire sa part » dans la transition écologique et la lutte contre le dérèglement climatique. Il s’inspirait d’une parabole mettant en scène un colibri qui, pour inciter les animaux de la forêt à lutter contre un incendie qui les menace, vole inlassablement entre la rivière et le foyer d’incendie pour recueillir dans son bec une goutte d’eau et la laisser tomber sur les flammes. La morale de cette parabole est que si chacun « fait sa part », en fonction de ses capacités, même si celles-ci semblent ridiculement inadaptées à l’ampleur de la tâche, tout devient possible. L’image est belle et stimulante mais nous incite à nous interroger davantage sur ce que signifie « faire sa part » et de combien d’espèces différentes de colibris se compose l’écosystème de la transition écologique.

Ce paragraphe introduit un texte de Paul-Marie Boulanger, que vous trouverez en cliquant sur ce lien. Cette réflexion, très intéressante, inaugure une nouvelle rubrique sur le site de l’IDD : « Aire libre ».

Taux d’emploi des 20-64 ans et emplois temporaires : une analyse critique des données

juillet 1st, 2019

Trois conclusions essentielles :

  1. Le taux d’emploi des 20-64 ans mesuré par les données administratives est, au niveau national et en Flandre et en Wallonie, supérieur à celui estimé par l’Enquête sur les forces de travail. A Bruxelles il est inférieur.
  2. Mesurer le taux d’emploi des 20-64 ans par les données administratives aboutit à des évolutions plus robustes, reflétant mieux la réalité, que celles données par l’Enquête sur les forces de travail.
  3. L’augmentation des contrats étudiants et des contrats liés à des démarches formatives (stages, alternance, apprentissage et autres formations) explique à elle seule près de 45% de l’évolution des emplois précaires entre 2014 et 2018 et plus de 60% pour les 15-29 ans.

La consolidation, pour 2018, des deux principales sources statistiques en matière d’emploi (l’Enquête sur les forces de travail et la Comptabilité nationale) permet de revenir en profondeur sur deux indicateurs beaucoup discutés ces derniers temps : le taux d’emploi et l’emploi précaire.

Trouver des explications dans les divergences de niveaux et d’évolutions de l’emploi estimé par ces deux sources n’est pas évident, ne serait-ce que parce que l’Enquête sur les forces de travail a en 2017 modifié ses schémas de collecte des données.

Considérer que ces deux sources sont complémentaires – ce qui est l’attitude consensuelle – me semble un peu court, ne serait-ce que parce que les réponses agrégées aux questions de l’Enquête sur les forces de travail reposent sur des pondérations qui ne correspondent pas à celles découlant des données administratives.

Le taux d’emploi des 20-64 ans

Dans le cadre de la Stratégie EU2020, les pays membres sont supposés augmenter leur taux d’emploi (l’objectif pour la Belgique = 73,2%). L’indicateur retenu est le taux d’emploi des 20-64 ans, calculé sur base de l’Enquête sur les forces de travail ; il s’agit du rapport des personnes ayant un emploi sur l’ensemble de la population de la même catégorie d’âge.

Tenant compte des écarts importants en matière d’emploi global entre les estimations de la Comptabilité nationale et celles de l’Enquête sur les forces de travail, l’IDD a (ré)estimé l’emploi des 20-64 ans à partir des données administratives. Voici le résultat :

Les emplois temporaires

La publication des données suivantes à fait couler beaucoup d’encre, même si de nombreux observateurs ont rappelé qu’il y avait eu d’importants changements méthodologiques à partir de 2017 qui empêchent de tirer des conclusions définitives sur la « forte » augmentation de la précarité, en particulier chez les jeunes travailleurs.

Voici une décomposition de l’évolution de l’emploi précaire pour les années 2014 à 2018.

Conclusions et recommandations

Rappelons d’abord la grande prudence avec laquelle il faut utiliser les informations issues de l’Enquête sur les forces de travail. Et cette grande prudence s’impose donc aux estimations qui utilisent des données issues de l’Enquête sur les forces de travail, y compris les estimations de l’emploi national et régional (celles officielles ou celles de l’IDD présentées dans l’Annexe). Notons que toutes les estimations de l’IDD aussi doivent être appréhendées avec prudence, même si elles semblent plus robustes et plus cohérentes que les données correspondantes fournies par l’Enquête sur les forces de travail.

Avec cette réserve en tête, voici quelques conclusions statistiques

  1. Le taux d’emploi des 20-64 ans mesuré par les données administratives est, au niveau national et en Flandre et en Wallonie, supérieur à celui estimé par l’Enquête sur les forces de travail. A Bruxelles il est inférieur.
  2. Mesurer le taux d’emploi des 20-64 ans par les données administratives aboutit à des évolutions plus robustes, reflétant mieux la réalité, que celles données par l’Enquête sur les forces de travail, évitant ainsi, ce que certains ont déjà fait, de tirer des conclusions trop rapides sur base d’évolutions de court terme des données de l’Enquête sur les forces de travail.
  3. L’augmentation des contrats étudiants et des contrats liés à des démarches formatives (stages, alternance, apprentissage et autres formations) explique à elle seule près de 45% de l’évolution des emplois précaires entre 2014 et 2018 (telle que mesurée par l’Enquête sur les forces de travail).
  4. Enfin, des éléments dont on dispose émerge assez facilement l’hypothèse que les adaptations méthodologiques de l’Enquête sur les forces de travail à partir de 2017 ont conduit à « mettre à niveau » l’importance des emplois précaires plus que de refléter une augmentation forte de ceux-ci. L’emploi précaire aurait donc été sous-estimé dans le passé.

Il faut de l’exercice développé dans cette note tirer des recommandations politiques :

  1. Même si EUROSTAT impose des conventions statistiques et, dans certains cas, l’usage de l’Enquête sur les forces de travail, rien n’empêche la Belgique et les régions d’adopter leurs propres indicateurs, plus pertinents, et d’améliorer les données relatives à l’emploi.
  2. En matière d’emploi (national), il me semble qu’un découpage par âge des estimations macroéconomiques de l’emploi serait bien utile, à la fois pour mieux comprendre ce qui se passe sur le marché du travail, pour mieux calculer le taux d’emploi des 20-64 ans et pour éviter, comme le fait le Bureau fédéral du Plan, de calculer un taux d’emploi global en comparant emploi total (y compris les 65 ans et plus) avec la seule population des 15-64 ans.
  3. De nombreuses données fournies (de manière imparfaite) par l’Enquête sur les forces de travail, comme le type de contrat, le temps de travail, etc., pourraient être collectées sur une base administrative, concentrant dès lors la collecte des données sur des informations qualitatives (les intentions du travailleur, les raisons du temps partiel, etc.). Un parallèle doit être fait avec l’enquête SILC, qui mesure la distribution des revenus, les conditions de vie et le taux de pauvreté ; ici aussi on ne recourt pas (ou pas assez) aux données administratives a priori plus fiables.
  4. Enfin, je pense que dans l’Enquête sur les forces de travail, comme dans l’enquête SILC, il est inacceptable de ne pas tenir compte des personnes vivant dans des ménages collectifs.

Plus d’informations dans la note et l’annexe jointes.

La durée dans l’emploi des salariés belges

mai 8th, 2019

L’Enquête sur les forces de travail pose notamment la question suivante : « Depuis quand travaillez-vous dans votre emploi actuel ? » (Q13 dans le Questionnaire 2018)

La Brève n°28 de l’IDD propose une première exploitation des réponses à cette question.

Premiers constats :

  • 30% des salariés sont dans leur emploi actuel depuis plus de 15 ans
  • 13% depuis plus de 25 ans
  • 38% le sont depuis moins de 5 ans.

Quelles évolutions entre 2005 et 2017 ? Deux évolutions plus marquées que d’autres :

  • depuis 2011 une baisse de la part des salariés dans leur emploi depuis moins de 5 ans
  • une hausse jusqu’en 2014 de la part des salariés dont la durée dans l’emploi  se situe entre 5 et 14 ans.

L’évolution de la part des moins de 12 mois colle assez bien avec les fluctuations conjoncturelles : une montée entre 2005 et 2007, période de croissance économique soutenue, suivie d’un recul et un très léger redressement en 2011 et depuis 2014, périodes de reprise (modeste).

Quelques autres observations :

  • il y a plus de salariés qui sont à l’emploi depuis au moins 10 ans dans le secteur public que dans le secteur privé
  • la part des salariés du secteur public dans le total des salariés qui sont à l’emploi depuis plus de 25 ans baisse de 45% à 36% entre 2005 et 2017
  • les salariés à temps partiel sont quelque peu moins nombreux chez les salariés dont la durée de l’emploi est inférieure à 5 ans et quelque peu plus nombreux chez les travailleurs dans leur emploi actuel depuis plus de 25 ans
  • la part des travailleurs à temps partiel dans les salariés à l’emploi depuis plus de 25 ans a augmenté beaucoup plus vite que la part des salariés à temps partiel dans l’ensemble de la population
  • 96% des salariés de 15-24 ans sont dans l’emploi actuel depuis moins de 5 ans ; 65% des salariés de 55-64 ans sont dans l’emploi actuel depuis plus de 15 ans.

Cette note ne fait qu’effleurer cette importante dimension dans le monde du travail, à la fois pour le salarié et pour son employeur. Mais il y a un début à tout.

Plus d’informations dans la note jointe et dans le fichier statistique.

Le redressement du taux d’emploi en Wallonie – Que penser des déclarations de Willy Borsus ?

avril 15th, 2019

Voici ce qu’a déclaré le Premier wallon, Willy Borsus, dans Le Soir du samedi 13 avril 2019 : « Prenez le taux d’emploi des 20-64 ans, c’est très, très intéressant. On parle bien du nombre occupées sur cette tranche d’âge. En 2018, ce taux a augmenté de 0,5% pour se situer à 63,7% alors qu’il n’avait progressé que de 0,4% sur les 10 années précédentes dominées par la gestion socialiste. »

L’IDD a examiné d’un peu plus près les tenants et aboutissants de ce constat.

La partie politique de ce constat est, me semble-t-il, le résultat d’une analyse peu rigoureuse, parce qu’elle se base sur des données résultant d’enquêtes (qui doivent inciter à une certaine prudence dans l’interprétation de variations relativement modestes), parce que l’emploi est la résultante de nombreuses influences (principalement : la conjoncture et les politiques économiques), parce que les impacts sur l’emploi de ces facteurs explicatifs se manifestent dans la durée (l’impact s’étale souvent sur plusieurs trimestres voire années), parce que dans la période de 10 ans mentionnée par Borsus il y a la crise qui a débuté en 2008 et, enfin, parce que le gouvernement fédéral met déjà à son compte une partie importante des créations d’emplois (à supposer que cela soit vérifié on ne peut pas revendiquer deux fois les mêmes créations d’emplois ; on peut d’ailleurs commencer à se demander à la lecture de tous ces bulletins de victoire si la conjoncture internationale joue encore un rôle…).

On ne videra pas cette question avec cette Brève mais on peut au moins comprendre un peu mieux  comment a évolué le taux d’emploi des 20-64 ans depuis 2004 en Wallonie.

Le taux d’emploi est effectivement à la hausse au cours des deux dernières années, alors qu’il a plus ou moins stagné au cours des années précédentes, quel que soit l’indicateur retenu. Mais on peut prolonger cette observation par deux considérations :

  1. Le redressement du taux d’emploi des 20-64 ans commence dès 2015.
  2. Il faut rappeler que l’évolution du taux d’emploi est la résultante combinée des évolutions de l’emploi et de la population. Regardons ce qu’il en est des 20-64 ans en Wallonie depuis 2004 :
  • la population des 20-64 ans n’évolue quasiment plus depuis 2014 ce qui, à créations d’emplois égales, gonfle le taux d’emploi par rapport aux années précédentes ;
  • les ordres de grandeur des créations nettes d’emploi à partir de 2015 sont du même ordre de grandeur que celles d’avant la crise de 2008.

A chacun de tirer les conclusions qu’il souhaite de ces quelques observations basiques mais j’invite le Premier wallon à tenir compte, à tout le moins, de la stagnation de la population des 20-64 ans au cours des dernières années dans l’analyse de l’évolution du taux d’emploi.

Plus d’informations dans la note jointe.

Plus de 10.000 jeunes wallons bénéficient d’un Revenu d’intégration « étudiant »

avril 2nd, 2019

La Brève de l’IDD n°26 vise à actualiser, pour la Wallonie, les données concernant les jeunes bénéficiant d’un Revenu d’intégration « étudiant ».

Les principales observations :

  • La proportion de jeunes wallons de 18 à 24 ans aux études est en augmentation constante, passant d’environ 52% en 2010 à environ 60% en 2017.
  • Fin 2017, il y avait 184.000 jeunes de 18 à 24 ans aux études. Parmi les jeunes de 20-24 ans, quasiment la moitié est aux études (supérieures).
  • Fin 2017, il y avait en Wallonie 9.500 jeunes âgés de 18 à 24 ans bénéficiaires d’un RI étudiant, dont 5.800 âgés de 20 à 24 ans.
  • La barre des 10.000 bénéficiaires a été franchie fin 2018.
  • Le nombre de bénéficiaires d’un RI étudiant âgés de 18 à 24 ans a augmenté de 80% entre 2010 et 2017, avec un « saut » en 2016.
  • La proportion de jeunes de 18-24 ans aux études bénéficiaires d’un RI est passé de 3,1% en 2010 à 5,2% en 2017.
  • La proportion est plus élevée chez les 20-24 ans (5,4% en 2017) que chez les 18-19 ans (4,8%).

Plus d’informations dans la note jointe.