Archive for the ‘Analyses’ Category

Le cumul de pensions de régimes différents

mardi, août 31st, 2021

Dans la perspective du débat sur les pensions, la Brève n°55 de l’IDD se penche sur le cumul de pensions de régimes différents.

La population prise en considération dans cette note est l’ensemble des pensionnés de 65 et +, bénéficiaires d’au moins une pension, de retraite ou de survie, dans un des trois régimes (salariés, indépendants et fonctionnaires) et vivant en Belgique à la date du 31 décembre 2018.

Au total, la population étudiée est de 1.916.000 pensionné.e.s.

LE CUMUL DE PENSIONS DE RÉGIMES DIFFÉRENTS

Premier et principal constat : 38% des pensionnés cumulent des pensions de 2 ou 3 régimes différents. Chez les femmes de 80 ans et +, cette proportion est de 45%.

Un peu plus de 2% des pensionné.e.s ont une pension (au moins) dans chacun des trois régimes.

On notera encore que 42% des personnes qui ont (au moins) une pension de salarié.e cumulent des pensions de 2 ou 3 régimes différents ; mais 90% des personnes qui bénéficient (au moins) d’une pension d’indépendant.e et 64% des personnes qui bénéficient (au moins) d’une pension de fonctionnaire sont dans ce cas.

Ces constats rendent totalement décalés, sociologiquement et politiquement, les discours centrés sur les statuts, en opposant les uns aux autres. Pour donner un exemple en lien avec certaines déclarations politiques récentes, il est certain que beaucoup d’indépendants sont concernés par la manière dont on valorise les années de chômage dans le calcul de la pension de retraite.

Ces constats renforcent aussi l’idée d’instaurer un régime unique de pensions, avec les mêmes règles pour tou.te.s.

D’AUTRES CUMULS

Les données utilisées par l’IDD permettent aussi d’éclairer d’autres réalités : l’activité professionnelle des pensionnés et le recours à la GRAPA.

6% des pensionné.e.s ont gardé une activité professionnelle. La proportion d’actifs décroît avec l’âge, c’est compréhensible, et est supérieure parmi les hommes que parmi les femmes, à tous les âges. 15% des hommes de 65-69 ans ont gardé une activité professionnelle.

Les bénéficiaires d’une pension d’indépendant.e (au moins) sont proportionnellement beaucoup plus nombreux à continuer à travailler.

4,5% des pensionnés ont des revenus à ce points faibles qu’ils peuvent prétendre à bénéficier de la GRAPA, en l’occurrence partiellement puisque ils/elles ont d’autres revenus (pensions et/ou autres). Les femmes sont plus souvent dans cet état de précarité que les hommes, à tous les âges.

Certaines catégories de pensionné.e.s sont plus concernées que d’autres. C’est ainsi, par exemple, que 13% des femmes de 80 ans et + qui ne touchent qu’une pension de retraite recourent à la GRAPA.

Plus dans la note ici.

Philippe Defeyt.

Les dépenses de santé par âge : dynamiques 2002-2018

samedi, août 7th, 2021

Le vieillissement de la population belge est fréquemment associé à une augmentation des dépenses de santé. C’est en effet le cas, mais encore faut-il bien comprendre les mécaniques à l’œuvre.

La Brève n°53 de l’IDD se penche sur cette question.

S’appuyant sur les données des dépenses de 2002 et 2018 rendues comparables, la principale conclusion de l’analyse est que la dépense de santé moyenne par jour des personnes âgées a augmenté moins que celle des 0-64 ans. C’est ce que montre le tableau suivant : alors que la dépense moyenne, hommes et femmes confondus, a augmenté de 55% pour les 0-64 ans, elle n’a augmenté « que » de 39% pour les 65 ans et +. L’écart d’évolution est plus marqué pour les femmes.

Une autre manière de mettre en évidence cette évolution différenciée est de comparer les courbes des dépenses par âge de 2002 avec celle de 2018. On constate en effet sur le graphique suivant que la courbe des dépenses par âge se tasse au-delà de 65 ans entre 2002 et 2018, particulièrement aux âges avancés.

Ce double constat ne veut évidemment pas dire qu’il ne faut pas s’inquiéter de l’impact du vieillissement sur les dépenses de santé. Mais il ne faut pas confondre la croissance du nombre de personnes d’un tel âge, disons 75 ans, et l’évolution de l’état de santé moyen des personnes de 75 ans ; il faut tenir compte des deux facteurs et isoler les impacts respectifs. En tout état de cause l’état de santé ressenti par les personnes âgées s’est amélioré entre 2001 et 2018 comme le montre le tableau suivant (même s’il faut être prudent pour lier, sans plus, la moindre augmentation des dépenses de santé à l’amélioration de la santé subjective).

Chemin faisant, l’analyse de l’IDD met en évidence deux évolutions intéressantes.
La première c’est que la proportion de jours passés en maison de repos ou en maison de repos et de soins par les 65 ans et + est restée globalement stable entre 2002 et 2008, comme l’indique  le tableau suivant ; mais elle baisse pour les 70-94 ans. Exemple de lecture : dans l’ensemble des jours vécus en 2018 par les 85-89 ans, 16,5% des jours l’ont été par des personnes vivant en MR(S) ; c’était 23,8% en 2002.

L’autre évolution c’est la baisse de la proportion de personnes de 65 ans et + qui bénéficient du statut BIM (= bénéficiaires de l’intervention majorée = remboursement plus avantageux des soins de santé) alors que cette proportion augmente pour les 0-64 ans.

Plus dans la note téléchargeable ici.

Philippe Defeyt

Les conséquences inattendues d’un relèvement du revenu d’intégration

lundi, avril 26th, 2021

Le Soir a publié le 26-04-2024 une carte blanche rédigée par Ricardo Cherenti et Philippe Defeyt intitulée : Les conséquences inattendues d’un relèvement du revenu d’intégration

Les données et calculs qui soutiennent l’argumentation sont disponibles ici

Sous/Sur-mortalité, mortalité Covid, mortalité « avancée » : un bilan de l’année 2020

lundi, janvier 18th, 2021

Cette Analyse de l’IDD vise à présenter un bilan commenté de la mortalité en 2020.

Voici les indicateurs essentiels :

L’interprétation de ces données doit tenir compte :
– de la sous-mortalité observée avant la période Covid vu l’absence de tout épisode grippal significatif
– de la sur-mortalité liée à la canicule en août
– de ce qu’une partie des victimes du Covid seraient de toute manière décédées plus tard, en 2020 ou au-delà ; c’est ce que la note de l’IDD appelle les décès « avancés »
– des conséquences indirectes, positives ou négatives, du contexte Covid sur la mortalité (exemples : moindre mortalité routière, des hospitalisations tardives, pas d’épisode grippal en fin d’année…)
– de la sous-mortalité observée chez les plus jeunes tout au long de l’année 2020.

Rappelons en outre que le calcul de la sous/sur-mortalité dépend directement de l’estimation de la mortalité attendue qui est, par définition, un exercice difficile et pour lequel il existe des méthodologies différentes.

Enfin, certaines données doivent encore être stabilisées (mais sans que cela ne doive modifier sensiblement les conclusions de cette note).

Tenant compte de ce qui précède, la principale conclusion de l’IDD c’est qu’une partie importante de l’écart entre le nombre de décès Covid et la sur-mortalité s’explique tout simplement par le fait qu’une partie des personnes dont le décès est attribué au Covid seraient de toute manière décédées plus tard en 2020.

Les données proposées par l’IDD étant différentes de celles de Sciensano publiées le 15 janvier (voir lien), voici un tableau comparatif des principaux indicateurs :

Plus dans la note disponible via ce lien.

lundi, octobre 26th, 2020
MORTALITÉ Covid : COMMENT EXPLIQUER 1.800 DÉCÈS EXCÉDENTAIRES ?

Cette note de l’Institut pour un Développement Durable vise deux objectifs principaux :

  1. Faire le point sur les décès dans le cadre de la crise sanitaire du Covid. La succession de données, au jour le jour, ne facilite pas une vision globale.
  2. En matière de « sur-mortalité » détailler les informations par genre et par grande catégorie d’âge, ce qui n’est pas fait sur le site de Sciensano ni sur celui de StatBel .

Les calculs et estimations intègrent les informations les plus récentes en ce qui concerne la population et les quotients de mortalité.

Quelques conclusions :

1. Cette note est un exercice exploratoire qui propose quelques pièces du puzzle dont l’image complète n’est pas encore, je pense, disponible. Et ces pièces ont j’espère une forme et un emplacement qui les rendront utiles. Ces pièces (potentielles) du puzzle sont bien sûr soumises à critique.

2. Sur le plan méthodologique, voici quelques éléments-clés :

  • les estimations des décès attendus sur base de moyennes des X dernières observations (par exemple la moyenne des décès des années 2009 à 2018 pour StatBel) ignorent les tendances de moyen terme ; c’est donc une méthodologie qu’il vaudrait mieux abandonner ;
  • les données compilées par l’IDD montrent tout l’intérêt de suivre les mortalités par genre et par âge ; ici aussi les moyennes des X dernières années ne rendent pas compte des tendances, au demeurant différenciées d’un âge à l’autre (ex : les décès des 75-84 ans ont tendance à diminuer alors que ceux des 85 ans et + ont tendance à gonfler) ;
  • il y a aussi un intérêt évident à considérer différentes sous-périodes pour mieux voir comment évoluent la sur/sous mortalité et les décès Covid ;
  • recourir aux quotients de mortalité tels que projetés par le Bureau fédéral du Plan est une bonne approche pour estimer la mortalité attendue.

3. Une mortalité « excédentaire » semble déranger ; l’intuition est en effet que – à enregistrement correct – la sur-mortalité doit plus ou moins correspondre au total des décès Covid.

En fait, l’explication semble relativement simple. Au vu des données utilisées dans cette note, les évolutions des décès sont compatibles avec le déroulé suivant :

  • une partie des personnes qui seraient mortes en début d’année si un épisode grippal normal était intervenu sont décédées – de manière étagée – au cours des mois suivants (du Covid le cas échéant) ;
  • une partie des décès Covid n’ont pas nécessairement été enregistrés en tant que tels au début de l’épidémie ;
  • une partie des personnes décédées du Covid auraient dû mourir plus tard en cours d’année 2020, ici aussi de manière étalée dans le temps ; dès lors les décès Covid impliquent une sous-mortalité dans les mois qui suivent ; c’est la principale explication de la mortalité « excédentaire ».

L’importance de ces « déplacements » de mortalité ne peut pas être estimée avec précision.

Plus dans la note jointe.

Peut-on atteindre un taux d’emploi de 80% en 2030 ?

lundi, octobre 5th, 2020

L’accord de la coalition Vivaldi annonce que : « Le Gouvernement récompensera le travail, accompagnera les groupes les plus vulnérables sur le chemin vers l’emploi et visera un taux d’emploi de 80% minimum pour 2030. »

Peut-on atteindre cet objectif ? Sur base du modèle prospectif construit par l’IDD, la réponse est oui, mais aux trois conditions cumulatives suivantes :

  1. L’emploi augmente à partir de 2022 au même rythme que celui observé entre 1995 et 2018, à savoir +1,3% par an en moyenne.
  2. La population des 20-64 ans baisse autant qu’attendu dans les Perspectives démographiques du Bureau fédéral du Pla
  3. Il faut adapter l’indicateur pour y arriver !

Trois commentaires :

  1. La croissance de 1,3% en moyenne par an de l’emploi (1995-2018) est favorablement influencée par de bonnes « performances » jusqu’au début du siècle ; les taux de croissance observés plus récemment sont souvent plus modestes. En même temps, la transition écologique, le développement du numérique et le vieillissement socio-démographique sont potentiellement sources d’emplois nouveaux ; par ailleurs la volonté du nouveau gouvernement est de mettre en place l’assainissement budgétaire de manière pondérée. Mais, même ainsi, c’est un fameux défi de créer 560.000 emplois d’ici à 2030.
  2. Toutes choses égales par ailleurs, une baisse de la population influence favorablement l’évolution du taux d’emploi. Mais un recul du solde migratoire net de l’immigration tel qu’injecté dans les Perspectives démographiques est-il compatible avec un taux de croissance de l’emploi de 1,3% ? Je ne le pense pas. Autre « correction » possible : un tel développement de l’emploi, couplé avec un recul de l’âge légal de la retraite, pourrait profiter proportionnellement plus à l’emploi des plus de 65 ans, diminuant donc la part des 20-64 ans dans l’emploi total plus que prévu dans les projections de l’IDD. Ces deux adaptations comportementales, liées à un marché du travail très dynamique, rendraient plus difficile d’atteindre un taux d’emploi des 20-64 ans de 80%, parce que diminuant le numérateur (l’emploi) et augmentant le dénominateur (la population).
  3. Enfin, dire qu’il faut « adapter l’indicateur pour y arriver » donnerait à penser qu’on veut changer d’instrument de mesure pour flatter les résultats. Non, bien sûr que non. Il s’agit simplement de constater que les deux indicateurs officiels du taux d’emploi – celui de l’Enquête sur les forces de travail et celui du Bureau fédéral du Plan – ne sont pas des outils adaptés pour mesurer correctement l’évolution du taux d’emploi.

C’est pour cela que l’IDD a élaboré son propre indicateur.

Avec un taux d’emploi (des 20-64 ans) de 80% en 2030 sur base de l’indicateur de l’IDD, qui repose déjà sur des hypothèses très favorables, le taux d’emploi estimé par l’Enquête sur les forces de travail se situerait à 78,5% et celui estimé par le Bureau fédéral du Plan à 75,4%. Avec les indicateurs du taux d’emploi utilisés à ce jour impossible donc d’arriver à 80% !

Par ailleurs, tenant compte des hypothèses retenues par l’IDD, il subsistera un important écart entre le taux d’emploi des hommes et celui des femmes. La parité en matière de taux d’emploi n’est pas encore en vue.

Se fixer des objectifs ambitieux peut inciter à produire des efforts pour y arriver. Mais il faudra en matière de taux d’emploi se doter d’un indicateur qui rend correctement compte des efforts accomplis, activer des mesures (formation, investissements publics dans les différentes transitions : climat, mobilité, etc., soutien à l’entrepreneuriat, stimulation d’activités à fort contenu en emploi, pension à temps partiel…) plus ambitieuses que celles activées à ce jour et bénéficier d’une conjoncture internationale soutenante, sans oublier une sortie par le haut de la crise sanitaire, pour atteindre l’objectif de 80%. Le tout, si possible, en renforçant l’équité dans l’accès à l’emploi, pour toutes et tous. Mais qui n’essaie pas ne réussira certainement pas.

Plus dans la note jointe.

Espérance de vie en bonne santé – éclairages statistiques des objectifs de la Vivaldi

lundi, octobre 5th, 2020

La Brève n°47 de l’ Institut pour un Développement Durable propose quelques éclairages statistiques sur un des objectifs des plus ambitieux et des plus novateurs du gouvernement Vivaldi : « L’objectif est de réduire, d’ici 2030, de minimum 25% les inégalités de santé entre les personnes les plus favorisées et les moins favorisées en matière d’espérance de vie en bonne santé, de réduire le taux de mortalité évitable de 15%, et de revenir dans le « top 10″ européen en ce qui concerne le nombre d’années de vie en bonne santé, tout en garantissant une très bonne accessibilité et une bonne couverture. » (p.9) Cet objectif est le bienvenu et traduit, espérons le, la volonté de se fixer sur les objectifs de santé publique au moins autant que sur les moyens (en l’occurrence la norme de croissance des soins de santé).

Voici quelques données permettant d’éclairer les objectifs en matière d’espérance de vie en bonne santé (en fait = l’espérance de vie sans limitations sévères de l’activité).

La Belgique est (déjà) dans le top 10 européen pour ce qui est de l’espérance de vie en bonne santé aux âges de 50 (6ième place) et 65 (7ième place), mais à la 11ème place pour ce qui de l’espérance de vie en bonne santé à la naissance. Au vu de ces observations, on ne voit pas très bien où est l’ambition de la Vivaldi dans le positionnement par rapport aux pays de l’Union.

Notons que quel que soit l’indicateur, la Belgique fait nettement moins bien que les deux champions européens, à savoir Malte et la Suède.

Notons encore que les différences d’espérance de vie en bonne santé entre les femmes et les hommes sont relativement modestes, en tout cas moindres qu’en matière d’espérance de vie totale.

Qu’en est-il des évolutions de moyen terme en Belgique ? Après des progrès notables entre 2005 et 2012, l’espérance de vie en bonne santé estimée en années a tendance à reculer à la naissance et à se stabiliser aux âges de 50 et 65 ans.

Mais le principal défi est celui de réduire les inégalités en matière d’espérance de vie en bonne santé suivant le niveau éducationnel. Et ici les rares données disponibles donnent le tournis.

Quelques observations majeures :

  • l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé ont augmenté entre 2001 et 2011 mais de manière variable entre les hommes et les femmes et en fonction du niveau éducationnel ; une exception : l’espérance de vie en bonne santé pour les femmes d’un niveau éducationnel faible a reculé entre 2001 et 2011 ; par ailleurs, l’espérance de vie en bonne santé a augmenté très significativement pour les hommes d’un niveau éducationnel élevé (+4,6 années entre 2001 et 2011!) ;
  • l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé augmentent avec le niveau éducationnel, pour les femmes comme pour les hommes, en 2001 comme en 2011 ; l’écart entre les espérances de vie (en bonne santé) entre les personnes à niveau éducationnel élevé et niveau éducationnel faible augmente entre 2001 et 2011, pour les hommes comme pour les femmes ; une observation qui frappe : la différence d’espérance de vie entre les femmes à niveau éducationnel élevé et celles à niveau éducationnel faible est de 13,4 années en 2011 ! ;
  • les femmes et les hommes de niveau éducationnel élevé n’ont pas seulement une espérance de vie plus grande ; ils passent une proportion plus grande de ces années en bonne santé ; double inégalité donc !

L’objectif du nouveau gouvernement est de réduire les écarts d’au moins 25% d’ici à 2030. Quatre observations ici :

  • il faudra attendre longtemps après 2030, le temps d’avoir le recul statistique nécessaire, pour vérifier si cet objectif aura été atteint ;
  • les estimations de Sciensano reposent sur les données des recensements ; or les procédures mises en place pour combler l’abandon du recensement ne permettent pas nécessairement d’avoir le même niveau et qualité d’informations ;
  • l’objectif est particulièrement ambitieux ; l’espérance de vie (en bonne santé) dépend de multiples facteurs (accès aux soins, recours à la prévention, conditions de vie – travail, logement, exposition aux pollutions… –, hygiène de vie, etc.), dont l’amélioration prendra du temps ;
  • quand bien même cet objectif serait atteint, les inégalités seront probablement toujours supérieures à celles observées en 2001 !

On notera encore qu’il y a, en matière d’espérance de vie (en bonne santé) d’importants écarts régionaux ; illustration particulièrement éclairante : l’écart d’espérance de vie en bonne santé à 50 ans entre les hommes wallons et les hommes flamands est de -4,1 années !

Plus dans la note jointe.

1.400.000 inactifs ! Vraiment ?

jeudi, septembre 3rd, 2020

En juillet 2020, le professeur Stijn Baert de l’UGent a publié une étude intitulée : « The Iceberg Decomposition : A Parsimonious Way to Map the Health of Labour Markets »

Même si l’analyse est un peu plus complexe, les médias belges en ont retenu une conclusion essentielle : il y a 1.400.000 personnes inactives en Belgique (en fait 1.372.000 mais cela n’a pas beaucoup d’importance, on est de toute manière dans les marges d’incertitude statistique).

Voici quelques critiques – de natures diverses – de l’approche et des données utilisées :

  • quel est le sens profond de la démarche de Stijn Baert ? ; faut-il que tout le monde soit actif (en emploi ou en recherche d’un emploi) en permanence, tout au long de sa vie ? ; est-ce vraiment un idéal, sociétal et économique ? ; même sans évoquer le bien-être des personnes concernées je suis intimement convaincu de l’utilité sociale et économique de « temps de pause » ;
  • les indicateurs retenus sont-ils pertinents ? ; illustration par l’absurde : la société et notre niveau de vie (matériel et immatériel) se porteraient-ils mieux si les 1.400.000 inactifs avaient tous une heure de travail par semaine, ce qui donnerait un taux d’activité de 100% ? ;
  • la « labellisation » des activités induit parfois une vision étroite ; exemple : une personne qui dispose de six semaines de congé par an est reprise dans les actifs tandis qu’un jeune (ou moins jeune…) travailleur qui s’arrête pendant un mois et n’a pas de contrat en poche (il ne cherche même pas parce qu’il sait qu’il trouvera facilement un job en tout état de cause) sera considéré comme inactif ;
  • les personnes malades ou accidentées et prises en charge par la protection sociale sont, pour partie, considérées par l’Enquête sur les forces de travail comme non-actives (exemple : un travailleur qui est passé du chômage à l’INAMI) alors même qu’elles sont prises en charge par la sécurité sociale parce qu’elles ont été actives et le redeviendront ; 
  • la non-prise en compte de personnes en formation professionnelle pose problème dès lors qu’il est beaucoup insisté sur la nécessité de se former ; au passage on notera qu’une personne qui a la chance de suivre une formation longue dans ses heures de travail sera considérée comme active mais pas une personne qui la suit en étant chômeuse sans être immédiatement disponible sur le marché du travail ; cette dernière sera dès lors considérée comme inactive ;
  • les personnes travaillant à l’étranger mais ne vivant pas en Belgique tout en y étant domiciliées ne sont pas répertoriées comme actives mais bien comme inactives ;
  • il ne faut pas oublier les personnes de 25 ans et plus qui sont étudiantes ;
  • même si c’est statistiquement relativement anecdotique, le non prise en compte des personnes vivant dans un ménage collectif (prisons, maisons d’accueil de personnes porteuses de handicaps…) est symboliquement violent ;
  • enfin, il n’y a pas, c’est un euphémisme, de corrélation « forte » au sein de l’Union européenne entre le taux d’activité des 25-64 ans et le revenu national brut (RNB) par tête.

Les données administratives permettent d’aller plus loin dans l’analyse.

  1. Premier constat : le nombre de personnes inactives calculées à partir des données administratives est moindre que celui résultant de l’Enquête sur les forces de travail : en  2019 la population inactive estimée par l’IDD s’élève à 1.209.000 (et encore, ce nombre est probablement sur-estimé) alors que Stijn Baert l’estime à 1.372.000. Une différence de 163.000 personnes ce n’est pas rien !
  2. Mais là n’est pas le point essentiel. Il réside dans le regard que l’on porte sur les différentes composantes de la population des inactifs et de leurs caractéristiques. Rappelons à cet égard, par exemple, que, dans les inactifs, il y a de nombreuses personnes (247.000 personnes en incapacité de travail, 59.000 handicapé.e.s, 43.000 bénéficiaires du revenu d’intégration non inscrits comme demandeurs d’emploi, public probablement très fragile) dont la remise à l’emploi est soit impossible ou non souhaitable ou nécessite des dispositifs qui sont aujourd’hui quantitativement et qualitativement insuffisants. Trois commentaires ici :
  • la plupart des personnes en incapacité de travail retourneront sur le marché du travail à l’issue de leurs difficultés de santé ; ces personnes ont un lien fort avec le marché du travail, ne serait-ce que parce qu’elles sont en incapacité de travail après avoir été à l’emploi ou au chômage, même si elles sont temporairement inactives ; ceci plaide pour une approche dynamique de l’activité et de l’inactivité ;
  • les personnes en fin de carrière constituent certes un réservoir potentiel pour augmenter le taux d’activité ; mais deux remarques à cet égard : 1° faire glisser des personnes d’un statut de fin de carrière à un statut de chômeur sans réelle perspective d’emploi n’a pas beaucoup de sens et 2° on sait que les réticences pour embaucher des chômeurs âgés restent vives ;
  • si, certes, les concepts de base pour suivre le marché du travail sont simples (d’une part les actifs, dont font partie les chômeurs, et d’autre part les inactifs), ils empêchent peut-être aussi une vision à 360° ; illustration : une personne qui reprend des études de plein exercice à 35 ans me semble tout aussi active (le mot est utilisé ici dans le sens courant) qu’un salarié qui se forme dans son entreprise.

Il est évident que l’activité dans un emploi est d’un grand apport dans la vie de la plupart d’entre nous. Ceux qui n’en n’ont pas souvent en souffrent et manifestent cette souffrance de diverses manières. Mais les emplois sont de qualité variable, certains d’entre eux n’étant pas utiles économiquement, ni socialement, ni individuellement, alors que des activités menées hors champ de l’emploi par des actifs et des inactifs sont très utiles.

Plus que d’agrégats très grossiers, une politique de pleine participation nécessite des lectures plus sophistiquées et nuancées des réalités socio-économiques, une vision dynamique des parcours de vie, des indicateurs fins, des dispositifs nombreux et forts (crèches, formations généralistes et pointues, aides à la création d’emplois, amélioration des conditions de travail, divers accompagnements…) pour rencontrer les difficultés objectives de nombreuses personnes et de (re)donner du sens à beaucoup d’activités, dans et hors l’emploi.

Plus dans la note jointe.

Les dépenses alimentaires des belges : analyser les évolutions pour appréhender les changements à venir

lundi, avril 27th, 2020

La question alimentaire fait partie de la crise que nous traversons: déplacements de repas et de consommation de boissons de l’HORECA vers le domicile, intérêt important pour le « sec » et succès des aliments surgelés, constitution de stocks (la ruée sur les magasins des débuts de crise), hausse des prix, pour certains produits en tout cas, difficultés dans le secteur de l’aide alimentaire, augmentation des ventes de certains équipements (machines à pain, congélateurs), (re)découverte par beaucoup de consommateurs des circuits courts, un rappel de l’importance des saisonniers.

Si on ne sait pas encore comment évolueront ces comportements après le déconfinement, l’alimentation fait l’objet depuis quelques années d’analyses, de propositions de changements structurels et de démarches (circuits courts, montée du bio, etc.) qui, dans le cadre du défi climatique et des enjeux de biodiversité, ne sont pas près de s’arrêter.

Dans ce contexte, la nouvelle Analyse de l’Institut pour un Développement Durable propose une mise en perspective des dépenses alimentaires dans la consommation des ménages belges.

Revenus, pouvoir d’achat et dépenses alimentaires

L’augmentation de long terme du niveau de vie a conduit à un recul de la part des dépenses alimentaires dans le budget des ménages de 27,8% en 1960 à 11,1% en 2018. On constate néanmoins que cette part est plus ou moins stable autour de 11% depuis l’an 2000.

Attention, il faut noter qu’une une part croissante des dépenses alimentaires est désormais assurée via les restaurants et les dépenses à l’étranger, deux consommations qui ont augmenté plus vite que les dépenses alimentaires.

La structure des dépenses alimentaires

La structure des consommations alimentaires a bien sûr bougé au cours du temps. Entre 1978 et 2018 on observe (notamment) :

  • un recul de la consommation de pains et petits pains de 8,4% à 6,3% du total des dépenses alimentaires
  • un effacement de la part du beurre et de la margarine de 4,7% à 1,6%
  • le fort recul des viandes et produits à base de viande de 36,3% à 22,3%
  • une montée en phase des céréales (0,5% à 1,2%), des fruits frais et surgelés (6,0% à 8,2%) des pomme s de terre et produits à base de pommes de terre (de 1,9% à 2,8%), des fruits secs (de 0,2% à 1,0%)
  • un quasi doublement de la part des produits de la mer de 3,9% à 6,8%
  • un plus que triplement de la part du budget alimentaire consacrée aux plats préparés de 2,6% à 8,0%.

Les prix alimentaires depuis 1996

On a été longtemps habitués à une baisse structurelle des prix des produits alimentaires relativement à la moyenne des prix.

Mais des inflexions sont apparues depuis 2000, en particulier au cours des années 2005-2012 qui ont enregistré des hausses significatives des prix d’une série de produits emblématiques. Ont, par exemple, vu leur prix augmenter plus vite que la moyenne des prix : les pommes de terre (leur prix à triplé entre 1996 et 2020!), le beurre, les œufs, les farines, le pain et le lait. Par contre pour la viande de porc et le yaourt les prix ont évolué au même rythme que la moyenne des prix.

Ces produits emblématiques ne donnent bien sûr qu’une image partielle des évolutions des prix alimentaires. Mais au total, les prix alimentaires ont augmenté de 9% de plus que la moyenne des prix entre 1996 et 2020 (2 premiers mois).

Les unes dans les autres, ces évolutions aboutissent à ce que la part des dépenses alimentaires dans le budget des ménages remonte au cours de ces dernières années.

Les niveaux de revenus

Contrairement à ce qui est souvent avancé, la part des dépenses alimentaires dans le total des dépenses des ménages ne bouge pas d’un quartile à l’autre. Par contre, la part des achats alimentaires indirects, via les repas à l’extérieur ou livrés à domicile, augmente avec les revenus, de 2,9% pour le 1er quartile à 5,2% pour le 4ième quartile.

Et la suite ?

Analyser les tendances passées, même récentes, alors que l’on s’attend à des inflexions majeures dans la foulé de le crise peut paraître vain.

Ce qui convaincu l’Institut pour un Développement Durable de le faire malgré tout c’est que la nature et l’ampleur de ces changements pourront être mieux appréhendées sur base des tendances passées. Et la principale dans cette perspective est que la part des dépenses alimentaires dans les dépenses des ménages était, déjà avant la crise, appelée à augmenter.

Quant aux évolutions de la structure des dépenses alimentaires il est évidemment trop tôt pour savoir celles qui, le cas échéant, connaîtront des points d’inflexion et/ou des accélérations.

Ceci dit, une fois de plus on constate que l’appareil statistique belge manque d’ambition pour suivre au plus près ce qui sera un enjeu socio-économique majeur de la période qui s’est ouverte avec la crise sanitaire ; illustrations :

  • beaucoup de données sont au main du secteur privé (Nielsen, GfK…)
  • les Enquêtes sur le budget des ménages ne se font plus que tous les deux ans et on peut avoir des doutes sur certains ordres de grandeur qui en découlent ; il faut aussi améliorer la connaissances des achats alimentaires des plus pauvres, ce que ne permet pas vraiment l’Enquête sur le budget des ménages ;
  • les indices de prix proposés par Stat.Bel sont, pour la partie alimentaire, moins détaillés que précédemment ;
  • des données pertinentes sont disponibles mais pas publiées ; elles devraient l’être bien sûr ; on pense par exemple aux détails de la consommation alimentaire dont dispose l’Institut des Comptes Nationaux ;
  • enfin, on manque de données et d’études qui permettent d’appréhender de manière plus fine ce qui bouge sur le terrain, par exemple l’évolution des activités de maraîchage en lien avec le développement des circuits courts.

Pour le reste et pour la suite, on verra. Mais l’augmentation récente, pour la première fois depuis longtemps, du nombre d’indépendants actifs en agriculture est le signe que cela bouge sur le terrain, voire un signe d’espoir.

Plus de développements dans la note jointe.

Un vagabondage démographique à partir du COVID-19

lundi, mars 30th, 2020

La pandémie actuelle de coronavirus est exceptionnelle de par son ampleur et sa potentielle dangerosité et c’est donc dans l’urgence que les décideurs, les services de secours et les scientifiques interviennent.

Mais déjà des philosophes, des économistes, des sociologues… s’interrogent sur l’après-épidémie et l’avenir à moyen et long terme de notre comportement et de notre économie.

Dans la note jointe, nouvelle Analyse de l’IDD, l’épidémie actuelle est placée dans une perspective démographique riche des enseignements du passé et ouverte sur des scénarios d’avenir qu’on espère ne pas voir concrétisés.

Petit complément : « A chaque tranche de 100 morts supplémentaires provoqués par le coronavirus, l’espérance de vie belge recule d’environ deux centièmes d’années, soit 7,3 jours. Si finalement on arrivait à 1.000 morts en Belgique – on en est loin mais cela pourrait changer -, l’espérance de vie à la naissance reculerait de 20 centièmes d’année, soit 73 jours. Pour mémoire, 20 centièmes d’année, c’est actuellement une bonne année de croissance de l’espérance de vie annuelle. Donc on perdrait ce gain annuel. »