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Pauvreté: une définition limitée, une politique revoir

lundi, mars 14th, 2011

Depuis une dizaine d’années est considérée comme pauvre toute personne qui vit avec moins de 60% du revenu médian. Ces seuils de pauvreté ont le mérite d’être faciles comprendre. Mais n’est-ce pas l une approche réductrice de la réalité et de sa complexité ?

L’étude jointe a pour objet de montrer l’urgence qu’il y a – au niveau belge — d’étendre les mesures pour éviter les erreurs de diagnostic sur le pourcentage total et les groupes-cibles en matière de pauvreté et ainsi éviter le « ressassement » d’estimations qui sont souvent mal comprises et de toute manière fort limitées.

Nos constats permettent de tirer six conclusions essentielles :

  1. On ne peut plus se contenter du seul indicateur de pauvreté monétaire, moins encore mettre tous les ménages pauvres dans une même catégorie indistincte ; il faut en particulier tenir compte de l’âge, la déprivation matérielle et immatérielle des personnes âgées étant moindre que la pauvreté calculée officiellement et de toute manière d’une nature différente.
  2. Il faut améliorer la connaissance des réalités socioéconomiques en recourant davantage aux banques de données administratives (couplées ou non avec les enquêtes) afin d’enrichir les constats faits sur la base d’enquêtes aux résultats parfois incertains.
  3. Il faut travailler plus en termes de besoins, en distinguant les ménages en fonction de leur composition, de l’âge de ses membres, du nombre et de l’âge des enfants, de leur statut de propriétaire ou de locataire (en distinguant le logement social et le secteur locatif privé)…, en tenant compte des aides dont ils bénéficient (par exemple sous la forme d’un loyer social ou d’un tarif électrique réduit), pas seulement des revenus.
  4. En particulier il faut tenir compte des résultats des travaux sur le budget standard pour redéfinir comment les besoins et revenus évoluent en fonction de la taille du ménage et de l’âge des enfants
    s’il y en a (les clés définissant les seuils de pauvreté par type de ménage sont d’évidence trop frustres). Ces travaux devraient être régulièrement actualisés et prendre en compte les résultats d’une
    consultation plus large.
  • L’expression n’est pas politiquement correcte mais il y a d’évidence un « noyau dur » de la population (entre 5 et 10%) qui cumule faibles revenus, difficultés matérielles, durée dans la pauvreté, faible implication sociale, accès limité voire nul la culture, très peu ou pas d’espoir de voir « l’ascenseur social », notamment via l’enseignement et la formation, fonctionner.
  • L’accent n’est pas assez mis sur les inégalités et iniquités en matière d’accès aux richesses immatérielles (culture, santé, insertion sociale, participation citoyenne…) ; le faire permet d’élargir le débat, de ne pas se contenter du seul taux de pauvreté monétaire répété comme un mantra.
  • Vous trouverez ici la note complète en format PDF.

    Vu sa longueur et sa « densité » nous vous en proposons aussi un résumé.

    A votre disposition pour tout complément d’information.

    Philippe DEFEYT, économiste, Institut pour un Développement Durable
    Anne-Catherine GUIO, économiste. Elle s’exprime ici titre personnel.