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2008-2012 : un marché du travail prévisible et étonnant la fois

mardi, juillet 9th, 2013

Les données disponibles sont maintenant suffisantes pour décrire et comprendre un peu mieux le marché du travail pendant la période de crise 2008-2012.

La dernière note de l’Institut pour un Développement Durable (jointe cet envoi) propose une analyse de quelques évolutions significatives du marché du travail belge.

Trois constats globaux d’abord :

1. Malgré la crise l’emploi global a augmenté (+ 90.000 entre 2008 et 2012), même si c’est de très peu entre 2011 et 2012 (+ 7.000).

2. La population active ayant augmenté plus vite que l’emploi, le chômage tel que défini par le Bureau du Plan a lui aussi augmenté.

3. Au total le taux d’emploi a très légèrement régressé et le taux d’activité est resté stable.

Comme pour les années « d’avant la crise », on notera que les chiffres auraient été plus mauvais si l’ONEM ne finançait pas des mesures en matière de chômage temporaire (étendu aux employés en début de période de crise) et d’aménagement du temps de travail. On notera cependant une quasi-stagnation du nombre de travailleurs qui aménagent leur temps de travail entre 2011 et 2012, ce qui préfigure, peut-on supposer, une stagnation de plus longue durée (les causes : impact de la crise sur les choix individuels et restrictions apportées aux possibilités d’aménagement).

Pour ce qui est des évolutions sectorielles de l’emploi, les constats sont les suivants :

1. L’agriculture continue perdre des emplois.

2. L’industrie a souffert très fort de la crise (-56.000 emplois) entre 2008 et 2012.

3. La construction s’en sort plutôt bien.

4. C’est uniquement grâce aux secteurs d’activités abondamment voire totalement financés par l’Etat (titres-services, santé et social, notamment dans le secteur des maisons de repos et les hôpitaux, l’enseignement…) que l’emploi global augmente.

D’une manière générale ces évolutions récentes ne laissent pas augurer d’une remontée très forte de l’emploi dans les deux ou trois années venir :

1. La croissance attendue dans un contexte de compétition internationale exacerbée et de progrès technologiques continus ne laisse pas augurer d’un redressement de l’emploi manufacturier. C’est même de nouvelles réductions d’emplois nettes qu’il faut s’attendre.

2. Le secteur financier poursuit sa (longue) convalescence.

3. Les contraintes budgétaires empêcheront une nouvelle progression de l’emploi non-marchand ou fortement subsidié (sauf peut-être encore un peu dans les titres-services).

4. Par contre le secteur de la construction, soutenu notamment par la nécessaire extension du parcs de logements, pourrait voir l’emploi se développer quelque peu.

Deux tendances observées depuis longtemps ont perduré au travers de ces années de crise :

1. Une augmentation de l’emploi temps partiel, qui concerne désormais près de la moitié des salariées (46% exactement).

2. Une augmentation du temps de travail moyen des salariés temps partiel. En 2000, le temps de travail des salariés temps partiel était de 22,5 heures/semaine ; il est aujourd’hui de 24,2 heures/semaine.

On observera aussi, par ailleurs, la poursuite de la féminisation de l’emploi. L’augmentation de la proportion de femmes est particulièrement marquée pour les 50 ans et plus.

Les évolutions du marché du travail par âge sont plus étonnantes, non dans le sens des évolutions mais bien dans l’ampleur de celles-ci. Deux évolutions sont marquantes :

  • un recul sévère de l’emploi des moins de 25 ans (pratiquement -10% entre 2008 et 2012)
  • une augmentation très importante de l’emploi des plus de 50 ans : + 157.000 emplois !

Une conclusion s’impose avec force. Les moins de 40 ans et plus encore les moins de 25 ans voient leur taux d’emploi et leur taux d’activité reculer. Le taux de chômage de ces deux catégories d’âge augmente fort (surtout pour les moins de 25 ans), alors qu’il augmente très peu pour les 40 ans et plus. Il baisse même entre 2011 et 2012 pour les 50-64 ans.

Une reprise économique pourra probablement atténuer quelque peu cette forme de dualisation sur le marché du travail. Mais elle risque de perdurer quelque temps encore.

Pour télécharger la note complète, cliquez ici.