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Vers des indicateurs théoriquement fondés et démocratiquement légitimes du bien-être en Belgique

Le niveau élevé de bien-être que connaissent les sociétés d’ « abondance » telles que la Belgique se paie de pressions environnementales (et peut-être également mentales et psychologiques) insoutenables. Il est maintenant largement reconnu que les objectifs éthiques du développement durable ne pourront être atteints sans une modification en profondeur de nos modes de consommation, et cela non seulement dans le sens d’une plus grande efficience mais également de davantage de « suffisance ». Cela signifie qu’il faudra rechercher les conditions de réalisation de nos conceptions de la vie bonne et du bien-être davantage dans les biens et services immatériels que dans les produits de consommations matériels. Cependant, si l’on désire enclencher un processus de transition vers des modes de consommations plus durables qui puisse être reconnu comme légitime et accepté par la population, il nous faut au préalable acquérir une connaissance beaucoup plus approfondie des différentes conceptions de la vie bonne partagées par la population et des critères au moyen desquelles elle évalue son propre niveau de bien-être. Il nous semble que cette connaissance constitue une base indispensable pour la construction d’indicateurs de bien-être la fois pertinents et démocratiquement légitimes. Or de tels indicateurs sont devenus tout à fait nécessaires dès lors qu’il est de plus en plus évident que la corrélation séculaire entre croissance économique et accroissement du bien-être s’est progressivement affaiblie depuis les années au point d’être aujourd’hui à peu près nulle si pas carrément négative. Il en résulte que le PNB/tête ne peut désormais plus être considéré comme un indicateur pertinent de bien-être, pour autant qu’il aie jamais pu l’être et qu’il est devenu nécessaire et urgent de lui trouver sinon des alternatives tout au moins des compléments.

On assiste depuis quelques années à une floraison de nouveaux indicateurs qui prétendent jouer ce rôle, parmi lesquels l’indice de bien-être économique durable (ISEW), l’indice de progrès véritable (GPI), l’indice de santé sociale du Fordham Institute, sans oublier l’Indice de Développement Humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le Développement. Ces diverses tentatives constituent toutes d’importantes contributions à la mise au point d’indicateurs de bien-être mais elles souffrent généralement de l’une ou de l’autre (si pas de deux) faiblesses suivantes :

- Elles ne reposent pas sur une théorie suffisamment étayée du bien-être ;

- Elles ne prennent nullement en compte les jugements et perceptions de la population dont elles prétendent mesurer le niveau de bien-être.

La recherche vise à construire un système d’indicateurs de bien-être qui échappe à ces critiques. D’abord, en tirant les conclusions pour la mesure du bien-être des apports les plus récents des recherches économiques, psycho-sociologiques et philosophiques. Ensuite, en confrontant ces résultats avec les jugements et les perceptions de la population sur les conditions objectives du bien-être et d’une vie réussie et en entamant avec des représentants de la population une délibération sur les moyens de le mesurer. Concrètement, cette confrontation s’effectuera en trois étapes successives au moyen tout d’abord de « focus groups », puis d’une méthodologie spécifique d’analyse empirique des discours sociaux, la « Q Methodology », et enfin au moyen d’une enquête plus classique auprès d’un échantillon représentatif de la population des deux communautés linguistiques.

Pratiquement, on passera par les étapes suivantes :

1. Analyse critique de la littérature récente sur le concept et la mesure du bien-être, de la qualité de vie et du bonheur. A priori, il nous semble que la théorie des « capabilités-fonctionnements » offre le cadre le plus approprié à la construction d’indicateurs de bien-être.

2. Analyse critique des indicateurs dits alternatifs tant du point de vue de leurs fondements théoriques que de la technique de mesure adoptée.

3. Opérationalisation de la théorie des « capabilités-fonctionnements » en termes de capabilités (ou besoins) de base d’une part, et de sphères ou domaines d’existence de l’autre (vie familiale, vie sociale, travail, revenu, voisinage, environnement, vie associative, rapport au corps, spiritualité…)

4. Animation sur base de ces catégories de « focus groups » en vue de dégager les principaux éléments des discours sociaux sur les différentes composantes du bien-être, leur importance relative, les moyens de les évaluer etc. Analyse au moyen d’enquêtes de type «Q-Methodology » des dimensions principales et des corrélations entre composants de ces discours.

5. Construction d’un premier « tableau de bord » du bien-être tenant compte des acquis de la phase précédente et des données disponibles.

6. Validation et « calibration » du tableau de bord sur un échantillon représentatif de la population. Estimation de la distribution dans la population de différentes conceptions de la qualité de vie. Analyse des corrélations entre facteurs objectifs (déterminants socio-démographiques et valeurs des indicateurs constitutifs du bien-être) et les évaluations subjectives des répondants quant à leur niveau de bien-être et de qualité de vie.

7. Construction définitive du tableau de bord et d’un indice synthétique tenant compte des pondérations entre composantes principales et indicateurs de base provenant de l’analyse statistique des données d’enquête.

8. Mesure rétrospective (si possible au moins sur 10-15 ans) du niveau de bien-être en Belgique à l’aide du tableau de bord et de l’indice synthétique.

9. Analyse de la sensibilité de l’indice et de ses composantes à des variations minimes dans les pondérations, les unités de mesure, les changements d’échelle, etc.

10. Etablissement de liens entre les indicateurs et les instruments de politiques de développement durable. Analyse des relations de cause à ffet entre ces politiques et les changements du niveau du bien-être.

La recherche s’est terminée en 2011. On trouvera ci-dessous les différents rapports auxquels l’étude a donné lieu:

Le Centre d’Etudes du Développement Durable de l’IGEAT (ULB) a été un partenaire tout au long de la recherche.

Le HIVA (KUL) a été un partenaire pour la partie financée par BELSPO.

Institut pour un Développement Durable

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