Archive for octobre, 2020

Peut-on atteindre un taux d’emploi de 80% en 2030 ?

lundi, octobre 5th, 2020

L’accord de la coalition Vivaldi annonce que : « Le Gouvernement récompensera le travail, accompagnera les groupes les plus vulnérables sur le chemin vers l’emploi et visera un taux d’emploi de 80% minimum pour 2030. »

Peut-on atteindre cet objectif ? Sur base du modèle prospectif construit par l’IDD, la réponse est oui, mais aux trois conditions cumulatives suivantes :

  1. L’emploi augmente à partir de 2022 au même rythme que celui observé entre 1995 et 2018, à savoir +1,3% par an en moyenne.
  2. La population des 20-64 ans baisse autant qu’attendu dans les Perspectives démographiques du Bureau fédéral du Pla
  3. Il faut adapter l’indicateur pour y arriver !

Trois commentaires :

  1. La croissance de 1,3% en moyenne par an de l’emploi (1995-2018) est favorablement influencée par de bonnes « performances » jusqu’au début du siècle ; les taux de croissance observés plus récemment sont souvent plus modestes. En même temps, la transition écologique, le développement du numérique et le vieillissement socio-démographique sont potentiellement sources d’emplois nouveaux ; par ailleurs la volonté du nouveau gouvernement est de mettre en place l’assainissement budgétaire de manière pondérée. Mais, même ainsi, c’est un fameux défi de créer 560.000 emplois d’ici à 2030.
  2. Toutes choses égales par ailleurs, une baisse de la population influence favorablement l’évolution du taux d’emploi. Mais un recul du solde migratoire net de l’immigration tel qu’injecté dans les Perspectives démographiques est-il compatible avec un taux de croissance de l’emploi de 1,3% ? Je ne le pense pas. Autre « correction » possible : un tel développement de l’emploi, couplé avec un recul de l’âge légal de la retraite, pourrait profiter proportionnellement plus à l’emploi des plus de 65 ans, diminuant donc la part des 20-64 ans dans l’emploi total plus que prévu dans les projections de l’IDD. Ces deux adaptations comportementales, liées à un marché du travail très dynamique, rendraient plus difficile d’atteindre un taux d’emploi des 20-64 ans de 80%, parce que diminuant le numérateur (l’emploi) et augmentant le dénominateur (la population).
  3. Enfin, dire qu’il faut « adapter l’indicateur pour y arriver » donnerait à penser qu’on veut changer d’instrument de mesure pour flatter les résultats. Non, bien sûr que non. Il s’agit simplement de constater que les deux indicateurs officiels du taux d’emploi – celui de l’Enquête sur les forces de travail et celui du Bureau fédéral du Plan – ne sont pas des outils adaptés pour mesurer correctement l’évolution du taux d’emploi.

C’est pour cela que l’IDD a élaboré son propre indicateur.

Avec un taux d’emploi (des 20-64 ans) de 80% en 2030 sur base de l’indicateur de l’IDD, qui repose déjà sur des hypothèses très favorables, le taux d’emploi estimé par l’Enquête sur les forces de travail se situerait à 78,5% et celui estimé par le Bureau fédéral du Plan à 75,4%. Avec les indicateurs du taux d’emploi utilisés à ce jour impossible donc d’arriver à 80% !

Par ailleurs, tenant compte des hypothèses retenues par l’IDD, il subsistera un important écart entre le taux d’emploi des hommes et celui des femmes. La parité en matière de taux d’emploi n’est pas encore en vue.

Se fixer des objectifs ambitieux peut inciter à produire des efforts pour y arriver. Mais il faudra en matière de taux d’emploi se doter d’un indicateur qui rend correctement compte des efforts accomplis, activer des mesures (formation, investissements publics dans les différentes transitions : climat, mobilité, etc., soutien à l’entrepreneuriat, stimulation d’activités à fort contenu en emploi, pension à temps partiel…) plus ambitieuses que celles activées à ce jour et bénéficier d’une conjoncture internationale soutenante, sans oublier une sortie par le haut de la crise sanitaire, pour atteindre l’objectif de 80%. Le tout, si possible, en renforçant l’équité dans l’accès à l’emploi, pour toutes et tous. Mais qui n’essaie pas ne réussira certainement pas.

Plus dans la note jointe.

Espérance de vie en bonne santé – éclairages statistiques des objectifs de la Vivaldi

lundi, octobre 5th, 2020

La Brève n°47 de l’ Institut pour un Développement Durable propose quelques éclairages statistiques sur un des objectifs des plus ambitieux et des plus novateurs du gouvernement Vivaldi : « L’objectif est de réduire, d’ici 2030, de minimum 25% les inégalités de santé entre les personnes les plus favorisées et les moins favorisées en matière d’espérance de vie en bonne santé, de réduire le taux de mortalité évitable de 15%, et de revenir dans le « top 10″ européen en ce qui concerne le nombre d’années de vie en bonne santé, tout en garantissant une très bonne accessibilité et une bonne couverture. » (p.9) Cet objectif est le bienvenu et traduit, espérons le, la volonté de se fixer sur les objectifs de santé publique au moins autant que sur les moyens (en l’occurrence la norme de croissance des soins de santé).

Voici quelques données permettant d’éclairer les objectifs en matière d’espérance de vie en bonne santé (en fait = l’espérance de vie sans limitations sévères de l’activité).

La Belgique est (déjà) dans le top 10 européen pour ce qui est de l’espérance de vie en bonne santé aux âges de 50 (6ième place) et 65 (7ième place), mais à la 11ème place pour ce qui de l’espérance de vie en bonne santé à la naissance. Au vu de ces observations, on ne voit pas très bien où est l’ambition de la Vivaldi dans le positionnement par rapport aux pays de l’Union.

Notons que quel que soit l’indicateur, la Belgique fait nettement moins bien que les deux champions européens, à savoir Malte et la Suède.

Notons encore que les différences d’espérance de vie en bonne santé entre les femmes et les hommes sont relativement modestes, en tout cas moindres qu’en matière d’espérance de vie totale.

Qu’en est-il des évolutions de moyen terme en Belgique ? Après des progrès notables entre 2005 et 2012, l’espérance de vie en bonne santé estimée en années a tendance à reculer à la naissance et à se stabiliser aux âges de 50 et 65 ans.

Mais le principal défi est celui de réduire les inégalités en matière d’espérance de vie en bonne santé suivant le niveau éducationnel. Et ici les rares données disponibles donnent le tournis.

Quelques observations majeures :

  • l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé ont augmenté entre 2001 et 2011 mais de manière variable entre les hommes et les femmes et en fonction du niveau éducationnel ; une exception : l’espérance de vie en bonne santé pour les femmes d’un niveau éducationnel faible a reculé entre 2001 et 2011 ; par ailleurs, l’espérance de vie en bonne santé a augmenté très significativement pour les hommes d’un niveau éducationnel élevé (+4,6 années entre 2001 et 2011!) ;
  • l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé augmentent avec le niveau éducationnel, pour les femmes comme pour les hommes, en 2001 comme en 2011 ; l’écart entre les espérances de vie (en bonne santé) entre les personnes à niveau éducationnel élevé et niveau éducationnel faible augmente entre 2001 et 2011, pour les hommes comme pour les femmes ; une observation qui frappe : la différence d’espérance de vie entre les femmes à niveau éducationnel élevé et celles à niveau éducationnel faible est de 13,4 années en 2011 ! ;
  • les femmes et les hommes de niveau éducationnel élevé n’ont pas seulement une espérance de vie plus grande ; ils passent une proportion plus grande de ces années en bonne santé ; double inégalité donc !

L’objectif du nouveau gouvernement est de réduire les écarts d’au moins 25% d’ici à 2030. Quatre observations ici :

  • il faudra attendre longtemps après 2030, le temps d’avoir le recul statistique nécessaire, pour vérifier si cet objectif aura été atteint ;
  • les estimations de Sciensano reposent sur les données des recensements ; or les procédures mises en place pour combler l’abandon du recensement ne permettent pas nécessairement d’avoir le même niveau et qualité d’informations ;
  • l’objectif est particulièrement ambitieux ; l’espérance de vie (en bonne santé) dépend de multiples facteurs (accès aux soins, recours à la prévention, conditions de vie – travail, logement, exposition aux pollutions… –, hygiène de vie, etc.), dont l’amélioration prendra du temps ;
  • quand bien même cet objectif serait atteint, les inégalités seront probablement toujours supérieures à celles observées en 2001 !

On notera encore qu’il y a, en matière d’espérance de vie (en bonne santé) d’importants écarts régionaux ; illustration particulièrement éclairante : l’écart d’espérance de vie en bonne santé à 50 ans entre les hommes wallons et les hommes flamands est de -4,1 années !

Plus dans la note jointe.